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dimanche 15 juin 2008

Mémoires d'un fou - Gustave Flaubert

Un fou, cela fait horreur. Qu'êtes-vous, vous, lecteur ? Dans quelle catégorie te ranges-tu ? Dans celle des sots ou celle des fous ? - Si l'on te donnait à choisir, ta vanité préférerait encore la dernière condition. Oui, encore une fois, à quoi est-il bon, je le demande en vérité, un livre qui n'est ni instructif, ni amusant, ni chimique, ni philosophique, ni agricultural, ni élégiaque, un livre qui ne donne aucune recette ni pour les moutons ni pour les puces, qui ne parle ni des chemins de fer, ni de la Bourse, ni des replis intimes du coeur humain, ni des habits Moyen Âge, ni de Dieu, ni du diable, mais qui parle d'un fou, c'est-à-dire le monde, ce grand idiot, qui tourne depuis tant de siècles dans l'espace sans faire un pas, et qui hurle, et qui bave, et qui se déchire lui-même ?


L'homme, grain de sable jeté dans l'infini par une main inconnue, pauvre insecte aux faibles pattes qui veut se retenir sur le bord du gouffre à toutes les branches, qui se rattache à la vertu, à l'amour, à l'ambition et qui fait des vertus de tout cela pour mieux s'y tenir, qui se cramponne à Dieu, et qui faiblit toujours, lâche les mains et tombe...

Homme qui veut comprendre ce qui n'est pas, et faire une science du néant ; homme, âme faite à l'image de Dieu et dont le génie sublime s'arrête à un brin d'herbe et ne peut franchir le problème d'un grain de poussière ! Et la lassitude me prit ; je vins à douter de tout. Jeune, j'étais vieux ; mon coeur avait des rides, et en voyant des vieillards encore vifs, pleins d'enthousiasme et de croyances, je riais amèrement sur moi-même, si jeune, si désabusé de la vie, de l'amour, de la gloire, de Dieu, de tout ce qui est, de tout ce qui peut être. J'eus cependant une horreur naturelle avant d'embrasser cette foi au néant; au bord du gouffre, je fermai les yeux, - j'y tombai.

Gustave Flaubert - Mémoires d'un fou

jeudi 1 mai 2008

Vieil océan, ô grand célibataire... Lautréamont


Vieil océan, ô grand célibataire, quand tu parcours la solitude solennelle de tes royaumes flegmatiques, tu t’enorgueillis à juste titre de ta magnificence native, et des éloges vrais que je m’empresse de te donner. Balancé voluptueusement par les molles effluves de ta lenteur majestueuse, qui est le plus grandiose parmi les attributs dont le souverain pouvoir t’a gratifié, tu déroules, au milieu d’un sombre mystère, sur toute ta surface sublime, tes vagues incomparables, avec le sentiment calme de ta puissance éternelle. Elles se suivent parallèlement, séparées par de courts intervalles. A peine l’une diminue, qu’une autre va à sa rencontre en grandissant, accompagnées du bruit mélancolique de l’écume qui se fond, pour nous avertir que tout est écume. (Ainsi, les êtres humains, ces vagues vivantes, meurent l’un après l’autre, d’une manière monotone ; mais, sans laisser de bruit écumeux). L’oiseau de passage se repose sur elles avec confiance, et se laisse abandonner à leurs mouvements, pleins d’une grâce fière, jusqu’à ce que les os de ses ailes aient recouvré leur vigueur accoutumée pour continuer le pèlerinage aérien. Je voudrais que la majesté humaine ne fût que l’incarnation du reflet de la tienne. Je demande beaucoup, et ce souhait sincère est glorieux pour toi. Ta grandeur morale, image de l’infini, est immense comme la réflexion du philosophe, comme l’amour de la femme, comme la beauté divine de l’oiseau, comme les méditations du poète. Tu es plus beau que la nuit.

Réponds-moi, océan, veux-tu être mon frère ? Remue-toi avec impétuosité... plus... plus encore, si tu veux que je te compare à la vengeance de Dieu ; allonge tes griffes livides, en te frayant un chemin sur ton propre sein... c’est bien. Déroule tes vagues épouvantables, océan hideux, compris par moi seul, et devant lequel je tombe, prosterné à tes genoux. La majesté de l’homme est empruntée ; il ne m’imposera point : toi, oui. Oh ! quand tu t’avances, la crête haute et terrible, entouré de tes replis tortueux comme d’une cour, magnétiseur et farouche, roulant tes ondes les unes sur les autres, avec la conscience de ce que tu es, pendant que tu pousses, des profondeurs de ta poitrine, comme accablé d’un remords intense que je ne puis pas découvrir, ce sourd mugissement perpétuel que les hommes redoutent tant, même quand ils te contemplent, en sûreté, tremblants sur le rivage, alors, je vois qu’il ne m’appartient pas, le droit insigne de me dire ton égal.

C’est pourquoi, en présence de ta supériorité, je te donnerais tout mon amour (et nul ne sait la quantité d’amour que contiennent mes aspirations vers le beau), si tu ne me faisais douloureusement penser à mes semblables, qui forment avec toi le plus ironique contraste, l’antithèse la plus bouffonne que l’on ait jamais vue dans la création : je ne puis pas t’aimer, je te déteste. Pourquoi reviens-je à toi, pour la millième fois, vers tes bras amis, qui s’entr'ouvrent, pour caresser mon front brûlant, qui voit disparaître la fièvre à leur contact !

Je ne connais pas ta destinée cachée ; tout ce qui te concerne m’intéresse. Dis-moi donc si tu es la demeure du prince des ténèbres. Dis-le moi... dis-le moi, océan (à moi seul, pour ne pas attrister ceux qui n’ont encore connu que les illusions), et si le souffle de Satan crée les tempêtes qui soulèvent tes eaux salées jusqu’aux nuages. Il faut que tu me le dises, parce que je me réjouirais de savoir l’enfer si près de l’homme. Je veux que celle-ci soit la dernière strophe de mon invocation. Par conséquent, une seule fois encore, je veux te saluer et te faire mes adieux !

Vieil océan, aux vagues de cristal... Mes yeux se mouillent de larmes abondantes, et je n’ai pas la force de poursuivre ; car, je sens que le moment venu de revenir parmi les hommes, à l’aspect brutal ; mais... courage ! Faisons un grand effort, et accomplissons, avec le sentiment du devoir, notre destinée sur cette terre. Je te salue, vieil océan !


Les Chants de Maldoror - Chant I- Strophe 9

dimanche 13 avril 2008

C'est ridicule. Rainer-Maria Rilke



Jorge Martins - Ma chambre

C'est ridicule. Me voilà dans ma petite chambre, moi âgé de vingt-huit ans, que personne ne connaît. Je suis assis ici et je ne suis rien. Et pourtant ce rien se met à réfléchir ; il réfléchit dans son cinquième étage, par un maussade après-midi parisien, et voici ce qu'il pense : Est-il possible, pense-t-il, qu'on n'ait encore rien vu, rien su, rien dit qui soit réel et important ? Est-il possible qu'on ait eu des millénaires pour regarder, pour réfléchir, pour enregistrer et qu'on ait laissé passer ces millénaires comme une récréation dans une école, pendant laquelle on mange sa tartine et une pomme ? Oui, c'est possible.

Rainer-Maria Rilke Les cahiers de Malte Laurids Brigge

mardi 1 avril 2008

Charles Juliet, Giacometti


Alberto Giacometti

par Henri Cartier-Bresson


Charles Juliet, Giacometti

Silhouettes aiguës, fragiles, maintenues à distance par leur structure filiforme, nous signifiant l’éloignement, la solitude, cette irréductible séparation qui nous coupe de notre semblable.


Visages tellement graves . Effarés. Fixés à l’extrême d’une tension où s’exacerbe ce qui les brûle.

Yeux dilatés par l’angoisse. Par le désir acharné de comprendre, de connaître, de coûte que coûte faire surgir la réponse.

Etres nus, nus, sans défense. Incapables de biaiser, de fuir, de se fermer à ce qui tant les effraie.

Atmosphère tragique. Densité des visages. Instants cruciaux où quelque chose de vital est en jeu.

Force résolue. Contraints au face à face avec ce qui, d’un moment à l’autre , pourrait les terrasser.

Affrontement. Combat. Yeux qui refusent de ciller .

L’extrême fragilité étayée par une force que rien ne fera reculer.

Un homme stupéfié. Terrorisé. Saisi juste avant cet instant où il va s’effondrer.

Peut-être sombrer dans la démence.

Assujetti au temps. Agressé par la vie. Encerclé par la mort.



Mes yeux dévorant ces yeux où s’exaspèrent des questions auxquelles ils me somment de répondre.

Renvoyé en cette région de moi-même où tout n’est qu’appréhension, peur, effroi devant l’énigme.

L’irrépressible montée de l’angoisse.

Mais j’oubliais, j’oubliais. Un homme certes réduit à bien peu. Mais un homme debout. Un homme debout. Dressé par une force quasi surhumaine qui naît une fois vaincue la peur, une fois franchi le désespoir, une fois qu’après bien des épreuves et des luttes a surgi le oui d’un définitif consentement.

Giacometti, P.O.L., 1996, p.67-69

lire aussi sur terres de femmes : Tahar Ben Jelloun, Giacometti. La rue d'un seul
http://terresdefemmes.blogs.com/alberto-giacometti.html

lundi 31 mars 2008

Trouver la source [extraits] Charles Juliet

. Lorsque nous sommes recueillis, à l’écoute du plus intime, le non-conscient se manifeste, parle, rend possibles de fragiles découvertes, et nous sommes alors dans ce bien-être que nous accorde la vie quand elle affleure, se dévoile. Mais qu’en un tel moment, la conscience s’éveille, tente d’enregistrer ce qui survenait, et en une fraction de seconde, tout s’efface et se tait. Pourtant, il semble que parfois, je puisse passer du non-conscient au conscient sans que celui-ci réduise au silence celui-là.

[…]

De la sorte, ces mouvements très ténus, en prenant corps, deviennent de timides poussées de vie, désirs confus, balbutiantes intuitions, menues découvertes, rappels de sensations, de souvenirs… , ces murmures à peine audibles par lesquels le plus obscur se dégage de l’indifférencié et cherche à se faire entendre.

C’est en songeant à tout cela que j’ai envie de dire que nous avons à créer sans relâche ce que nous sommes, A créer ce qui nous est donné.

Charles Juliet, Trouver la source, Paroles d’Aube, 1994, p.75-76.

De la joie et de la tristesse Khalil Gibran

De la joie et de la tristesse


Une page consacrée a Khalil Gibran existe, La version intégrale du Prophète( en anglais) y est consultable.


Une femme dit alors:
"Parle-nous de la Joie et de la Tristesse."
Il répondit:
Votre joie est votre tristesse sans masque.
Et le même puits d'où jaillit votre rire a souvent été rempli de vos larmes.
Comment en serait-il autrement ?
Plus profonde est l'entaille découpée en vous par votre tristesse, plus grande est la joie que vous pouvez abriter.
La coupe qui contient votre vin n'est-elle pas celle que le potier flambait dans son four ?
Le luth qui console votre esprit n'est-il pas du même bois que celui creuse par les couteaux ?
Lorsque vous êtes joyeux, sondez votre coeur, et vous découvrirez que ce qui vous donne de la joie n'est autre que ce qui causait votre tristesse.
Lorsque vous êtes triste, examinez de nouveau votre coeur. Vous verrez qu'en vérité vous pleurez sur ce qui fit vos délices.

Certains parmi vous disent: "La joie est plus grande que la tristesse", et d'autres disent: "Non, c'est la tristesse qui est la plus grande."
Moi je vous dit qu'elles sont inséparables.
Elles viennent ensemble, et si l'une est assise avec vous, a votre table, rappelez-vous que l'autre est endormie sur votre lit.

En vérité, vous êtes suspendus, telle une balance, entre votre tristesse et votre joie.
Il vous faut être vides pour rester immobiles et en équilibre.
Lorsque le gardien du trésor vous soulève pour peser son or et son argent dans les plateaux, votre joie et votre tristesse s'élèvent ou retombent.

Khalil Gibran

samedi 29 mars 2008

J"étais là... Nicolas de Rosanbo

J'étais là

J’étais là, dans cette ville qui m’observait de tous ses yeux, fenêtres, tours, lumières. Elle m’enfonçait à ses pieds goudronneux et je sentais ses cimes se refermer sur mon centre. Elle riait effroyablement fort aux méandres de ses avenues, longs vaisseaux sanguins sur une peau de fer. J’entendais grimper jusqu’à mon lit rouillé ses éclats retentissants. Mon lit, ma chambre, immonde bulle parmi tant d’autres, dans son ventre trop rempli qui menace d’accoucher. Petite boite au fond du tiroir d’un immeuble, cage animale encerclée par d’autre cage, alvéole dans un foi, casserole sous un couvercle de cuivre scellé par Dieu lui-même, reposant sur les flammes du centre de la terre. J’étais là, j’arpentais son estomac infecté de gaz et de fumées. Je vivais dans ses entrailles décomposées. J’appartenais à son peuple, comme les rats appartiennent à un égout saturé. J’appartenais à ses lois, à sa vie. J’étais là

Nicolas de Rosanbo

jeudi 27 mars 2008

Bulle [extrait ] Le buveur de temps Philippe Delerm


Aquarelle de Jean-Michel Folon©


Oui, c’est moi dans la bulle, à la surface du papier glacé. Votre main passe sur le livre, caresse le mirage, et ne dérange rien. Je suis dans la couleur du jour ; une aube imperceptible, ou bien peut-être un soir ; dans cette nuance idéale des premières pages : le rose informulé, tremblant, de tout ce qui commence, et d’avance le bleu voilé d’une mélancolie légère –il est toujours très tard dans le premier matin du monde. Mais vous avez tourné la page, écarté doucement le rideau froid de l’apparence, et je vais naître au monde ; il suffit d’un regard.

Je suis bien dans ma bulle. Bien ? Le mot résonne étrangement sur les parois de ma planète ; il est monté de votre terre en ondes chaudes, c’est vous qui l’avez suggéré. Enfin vous êtes au bord de me parler. Moi depuis si longtemps je vous regarde, à travers le grand voile. J’attendais. Je préparais en moi la douceur infinie de votre geste. Vous écartez le voile, et je suis presque là. Je vous connais. Vos rêves en mouvement, vos peurs, vos espérances, à l’ombre effrayante et magique de cet élan qui vous possède, et que vous appelez le temps. Je devine un peu son pouvoir, mais je ne recevrai jamais de lui la vie, la mort, le fil inexorable d’un destin. Effleurer seulement son bonheur, sa blessure ; voilà sans doute mon désir secret.

La bulle flotte dans l’espace et grandit lentement vers vous. Lenteur, silence, transparence : le monde d’où je viens vous fait envie, je crois. Je lis dans vos regards ce rêve d’un sommeil flottant dans la lumière. Mais vous le gardez pour plus tard, et passant devant le tableau vous dites simplement « c’est beau », en prolongeant ces mots pour plonger dans mon ciel une seconde. « C’est beau, très beau », et puis vous allez repartir. La beauté ne vous suffit pas. Vous avez tellement mieux qu’elle. Ce vent qui vous possède et que je comprends mal, ce besoin de bouger, d’aller vers autre chose. Pourtant, vous êtes entré dans le musée pour arrêter le temps. Tous les tableaux, comme le mien, dans cette pièce fraîche à l’ombre de l’été vous réclamaient l’oubli. Vous vous êtes arrêté. Vous avez pressenti l’éloignement de mon appel, au-delà du désert de sable. Et vous écartez le rideau. Votre soif secrète et la douceur de votre main ont tourné la première page, et commencé l’histoire d’un personnage différent. Je suis bien dans un cadre, c’est bien le début d’un romaN. Mais je vous donnerai la courbe de ma bulle, le centre lent de mon regard, les gestes gourds de mon corps effacé pour mieux se couler dans l’espace, ne rien comprendre et ne rien pénétrer, pour mieux se fondre et regarder.

Ne vous méprenez pas. Malgré mon espace ovoïde, mon corps informulé, je n’ai rien d’un fœtus. Je ne viens pas d’un autre monde par la chair et le sang ; aucune hérédité ne m’impose un projet, des limites. Non, si je viens au monde, c’est un peu comme dans le poème de Supervielle, vous savez :

« Il vous naît un oiseau dans la force de l’âge

En plein vol et cachant votre histoire en son cœur

Puisqu’il n’a que son cri d’oiseau pour la montrer. »

Voilà, c’est ça. Je suis un ami inconnu. Je viens sur terre pour nouer entre nous ce lien fragile qui n’a pas de nom. Pas encore. Amour, amitié, tendresse, les mots sont codifiés, pour un usage et des rapports précis. Mais entre nous, ce sera bien plus vague.

J’étais bien dans ma bulle. Je le sens maintenant à la fraîcheur de l’air d’ici, qui brûle un peu ; l’air de ma planète était parfait, il n déchirait pas la poitrine, ne donnait pas envie de bouger, de changer. C’était un long sommeil, les yeux ouverts dans les eaux du soleil. C’était la solitude aussi, mais je vous regardais. Êtes-vous bien sur terre ? Excusez-moi. Êtes-vous bien, sur terre ?

Votre réponse est un silence, l’ébauche d’un sourire au coin des lèvres. J’aime bien ce silence, où je sens quelques gouttes de temps pur à la tristesse douce-amer. J’aime bien ce sourire, l’humour est la pudeur des jours –vous êtes tellement civilisé.

Bulle [extrait ] Le buveur de temps Philippe Delerm

source : http://pagesperso-orange.fr/mondalire/fatext%20r%E9cap.htm

lundi 24 mars 2008

Teishin & Ryôkan


Kothary Sanjay


Est-ce vraiment toi que j'ai vu

ou cette joie que je ressens encore

est-elle seulement un rêve?

-- Teishin

Dans ce monde d'illusion

nous sommeillons et parlons de rêve.

Rêve, continue à rêver, autant qu'il te plaira.

-- Ryôkan

Ici avec toi je pourrais demeurer

des jours et des années

silencieuse comme la pleine lune

que nous avons regardée ensembles.

-- Teishin

M'as-tu oublié

ou as-tu oublié le chemin de ma demeure?

Je t'ai attendue tout le jour, tous les jours

mais tu n'es pas venue.

-- Ryôkan

La lune, j'en suis sûre, brille haut dans le ciel

au-dessus des montagnes

mais de sombres nuages amoncelés

en noient le sommet dans l'ombre

--Teishin

Tu dois t'élever

au-dessus des nuages sombres

couvrant le sommet de la montagne

sinon comment pourrais-tu jamais voir la lumière?

-- Ryôkan

dimanche 23 mars 2008

Marina Tsvetaeva "... Je ressusciterai le réverbère."

Pendant un temps, je me rendais souvent à Prague […] J’arrivais tôt, à la tombée de la nuit, avant que ne s’allument les réverbères. Je faisais les cents pas le long du quai sombre – j’allais loin ! Il y avait un endroit, un lampadaire – sans lumière – c’est là que je vous convoquais. […]

Je ne dirais pas que vous m’êtes indispensable, vous êtes in-contournable dans ma vie, où que je pense, le réverbère se dressera sur tous mes chemins. Je ressusciterai le réverbère.

Marina Tsvetaeva

jeudi 20 mars 2008

"Cette étrange émotion... Georges Haldas


Sticker mural "Porte manteau", Domestic.

"Cette étrange émotion que j'éprouve chaque fois en voyant, suspendu au portemanteau, une veste ou un chapeau. Qui me semble toujours comme le double abandonné de celui qui le porte. Ou, si on veut encore, comme le fantôme de sa présence."

Georges Haldas