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mardi 17 février 2009

Raimund Hoghe


Montpellier danse 2005, Raimund Hoghe, conférence de presse pour sa création "Swan Lake, 4 acts", je n'ai encore vu le spectacle, le verrai le soir même, il termine la rencontre par ces mots, les répétant, répétant la brûlure de leur écho en moi ; avec cette attention extrème portée à une parole quand au terme d'un entretien se délivre l'essentiel :
"La peur tue l'amour, la peur tue l'amour."
Avez-vous remarqué combien artériel est le seuil.

Estelle C.

"Sacre - The Rite of Spring" - 2004 –

Lorenzo De Brabandere and Raimund Hoghe
©Rosa Frank


mardi 10 février 2009

Rendez-nous superficiels ! Les clowns lyriques - Romain Gary


Soir bleu, Edward Hopper


« Notre Père qui êtes au ciel, pria-t-il. Permettez-nous de nous élever ! Permettez nous d'accéder à la surface, rendez-nous superficiels ! [...]

Prenez nos plus hautes institutions et faites-nous vivre au lieu de ça en Corse, dans une chanson de Tino Rossi!
Que notre vie ait toute l'élévation de sa voix, toute la variété de ses rimes!
Sauvez nous du blanc et du noir, réconciliez-nous avec le gris, avec l'impur, gardez la pureté pour vous et apprenez-nous à nous contenter du reste!

Rendez-nous le secret du coït simple comme bonjour où l'on ne risque pas de se casser les jambes à force de s'entortiller!
Rendez-nous les clairs de lune, la valse, permettez-nous de mettre genou à terre devant une femme sans ricaner!

Sauvez-nous du ricanement et de l'analyse, sauvez-nous des élites, faites régner sur nous un rêve de jeune fille!

...rendez-nous la sérénade et l'échelle de corde, le sonnet et la feuille sèche entre les pages d'un livre, mettez Roméo et Juliette au Kremlin!

Sauvez-nous du hara-kiri de l'introspection!

Avant de créer de nouveaux Staline et toute la ribambelle de géniaux pères des peuples, écoutez longuement le coeur des hommes et des femmes qui font l'amour : retenez-vous. Laissez-les continuer. Ne les dérangez sous aucun prétexte.

Gardez le génie pour Vous : Vous en avez singulièrement besoin, c'est un homme qui vous le dit. [...]

Ne touchez à rien!
Laissez-nous les couleuvres et les guêpes et les gros rhumes - c'est si bon d'éternuer!
Et si vous devez absolument nous aider, manifestez-vous en nous de temps en temps comme un aphrodisiaque!»

Romain Gary, Les clowns lyriques, folio, p. 109-112


J'adore ce texte, cette prière, il faut en lire ou en entendre l'intégralité.

(j'ai fais un essai d'enregistrement mais Deezer n'affiche plus mes mp3?!!!!...)

Plus jeune, j'étais dans le désir de le rencontrer en lisant "la nuit sera calme", pour son approche du féminin, pour sa féminité, pour ce qu'il montrait de lui, mais il était déjà sous terre, quand je voulus lui écrire, lui parler, échanger.

« Je vais rompre enfin avec celui qui a toujours su que toute oeuvre humaine ne peut être que de l'à- peu-près et qui n'a pourtant jamais pu se contenter de l'à-peu-près. Celui qui a lutté contre les démons de l'absolu et qui n'a pourtant jamais su faire lui-même cette paix avec l'impossible. Qui a toujours su que rien n'est plus ennemi de l'humain que l'extrémisme de l'âme et qui est pourtant lui-même un extrémiste de l'âme »
Romain Gary

gary_romain.1175278648.jpg



...donc article en cours....

Romain Gary, Danielle Darrieux et Jean Seberg dans "Les Oiseaux vont mourir au Pérou"

Romain Gary, Danielle Darrieux et Jean Seberg dans

"Les Oiseaux vont mourir au Pérou" (SIPA)

mercredi 24 décembre 2008

samedi 20 décembre 2008

De la tendre compassion des chats

photographie © Sylvaine Vaucher
(un clic pour agrandir)

De la tendre compassion des chats

Ils nous invitent à l'énigme. Ne donne-t-on sa langue au chat ?

J'aime par dessus tout, quand nous fixant,

ils baissent lentement les paupières,

pour l'offrande vive, renouvelée, de leurs yeux plein de lumière,

communication silencieuse de leur présence dans la distance préservée,

compréhension tacite de ma solitude dans leurs muets ensorcellements,

nimbes de compassion.

Estelle C.

vendredi 19 décembre 2008

La lettre, Léo Ferré


La lettre,

Ton ombre est là, sur ma table, et je ne saurais te dire
Comment le soleil factice des lampes s'en arrange
Je sais que tu es là, que tu ne m'as jamais quitté, jamais
Je t'ai dans moi, au profond, dans le sang, et tu cours dans mes veines
Tu passes dans mon cœur et tu te purifies dans mes poumons
Je t'aime
Je te bois, je te vis, je t'envulve et c'est bien
Je t'apporte, ce soir, mon enfant de longtemps, celui que je me suis fait, tout seul,
Qui me ressemble, qui te ressemble, qui sort de ton ventre, de ton ventre qui est dans ma tête
Tu es la sœur, la fille, la compagne et la poule de ce Dieu tout brûlant
Qui éclaire nos nuits depuis que nous faisons nos nuits
Je t'aime
Je t'aime
Il me semble qu'on m'a tiré de toi et qu'on t'a sortie de moi
Quand tu parles, je m'enchante
Quand je chante, je te parle
Nous venons d'ailleurs, tous les deux. Personne ne le sait
Quand je mourrai, tu ne pourras plus vivre que dans l'alarme
Tu n'auras plus un moment à toi
Tu seras mienne, par-delà le chemin qui nous séparera
Et je t'appellerai
Et tu viendras
Si tu mourais, tu m'appellerais
Je suis la vie pour toi, et la peine, et la joie, et la Mort
Je meurs dans toi, et nos morts rassemblées feront une nouvelle vie, unique, comme si deux étoiles se rencontraient
Comme si elles devaient le faire de toute éternité, comme si elles se collaient pour jouir à jamais
Ce que tu fais, c'est bien, puisque tu m'aimes
Ce que je fais, c'est bien, puisque je t'aime
A ce jour, à cette heure, à toujours, mon amour
Mon amour...

Léo Ferré

lundi 8 décembre 2008

Dernier communiqué Morice Benin


Sabine Weiss, 1953


Dernier communiqué

Parce que c'est entre les hommes
Parce que c'est une histoire de fleur rouge entre eux, depuis des siècles
Parce que la vie est belle et désirable, comme un puit dans le ciel

Parce que malgré tout, ce cheval est fou d'amour pour une étoile
Parce qu'il y a une réponse merveilleuse à la mort qui se traduit par cette épaule tendrement inclinée vers la mer
Parce que nul ne peut chasser la main qui vole et le moineau fabuliste de ma mémoire
Parce qu'il reste du cidre à boire dans les auberges de campagne
Parce que tu ne peux t'éloigner un seul instant sans que je sache que l'équilibre du monde est changé
Parce que le ciel qui se rapproche ne m'empêche pas de grandir

Parce qu'il importe d'aimer toutes choses à ta ressemblance
Je ne m'inquiète pas du jour qui va finir ni de ces fleuves dépassés par l'aventure
Non plus, de cet enfant vaincu qui s'achemine à la renverse dans les blés

Je suis certain d'avoir tout fait pour être sauf

Morice Benin

lundi 17 novembre 2008

Jean-Louis Barrault dans Les enfants du Paradis


Baptiste

"... tout seul, à l'écart,... immobile comme un mannequin de cire,... silencieux, craintif,..., dépaysé, sans défense, lunaire et visiblement « ailleurs »"

"Baptiste répond d'un sourire, comme si la seule expression de
son visage suffisait à exprimer les mots qu'il ne dit pas."


..."c'est tellement simple l'amour."


dans Les enfants du paradis
film de Marcel Carné,
scénario et dialogues de Jacques Prévert

mardi 7 octobre 2008

Hulton Getty picture collection



Hulton Getty picture collection, 1934

samedi 30 août 2008

La grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna [extrait]


Les mots dormaient.
Ils s’étaient posés sur les branches des arbres et ne bougeaient plus. Nous marchions doucement sur le sable pour ne pas les réveiller. Bêtement, je tendais l’oreille : j’aurais tant voulu surprendre leurs rêves. J’aimerais tellement savoir ce qui se passe dans la tête des mots. Bien sûr, je n’entendais rien. Rien que le grondement sourd du ressac, là-bas, derrière la colline. Et un vent léger. Peut-être seulement le souffle de la planète Terre avançant dans la nuit.
Nous approchions d’un bâtiment qu’éclairait mal une croix rouge tremblotante.
-Voici l’hôpital, murmura Monsieur Henri.
Je frissonnai.
L’hôpital ? Un hôpital pour les mots ? Je n’arrivais pas à y croire. La honte m’envahit.
Quelque chose me disait que, leurs souffrances nous en étions, nous les humains, responsables. Vous savez, comme ces Indiens d’Amérique morts de maladies apportées par les conquérants européens.
Il n’y a pas d’accueil ni d’infirmiers dans un hôpital de mots ; Les couloirs étaient vides. Seule nous guidaient les lueurs bleues des veilleuses. Malgré nos précautions, nos semelles couinaient sur le sol.
Comme en réponse, un bruit très faible se fit entendre. Par deux fois. Un gémissement très doux. Il passait sous l’une des portes, telle une lettre qu’on glisse discrètement, pour ne pas déranger.
Monsieur Henri me jeta un bref regard et décida d’entrer.
Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue :
Je t’aime
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Trois mots reliés chacun par un tuyau de plastique à un bocal plein de liquide.
Il me sembla qu’elle nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu’elle nous parlait :
-Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
-Allons, allons, Je t’aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied.
Il la berça longtemps de tous ces mensonges qu’on raconte aux malades. Sur le front de Je t’aime, il posa un gant de toilette humecté d’eau fraîche.
-C’est un peu dur la nuit. Le jour, les autres mots viennent me tenir compagnie.
« Un peu fatiguée », « un peu dur », Je t’aime ne se plaignait qu’à moitié, elle ajoutait des « un peu » à toutes ses phrases.
-Ne parle plus. Repose-toi, tu nous as tant donné, reprends des forces, nous avons trop besoin de toi.
Et il chantonna à son oreille le plus câlin de ses refrains.
La petite biche est aux abois
Dans le bois se cache le loup
Ouh ouh ouh ouh
Mais le brave chevalier passa
Il prit la biche dans ses bras
La la la la
-Viens Jeanne, maintenant. Elle dort. Nous reviendrons demain.

-Pauvre Je t’aime. Parviendront-ils à la sauver ?
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.
Des larmes me venaient dans la gorge.
Elles n’arrivaient pas à monter jusqu’à mes yeux. Nous portons en nous des larmes trop lourdes. Celles-là, nous ne pourrons jamais les pleurer.
-… Je t’aime. Tout le monde dit et répète « je t’aime ». Tu te souviens du marché ? Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ ? Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. Tu veux rendre visite à d’autres malades ?
Il me regarda.
-Tu ne vas pas t’évanouir, quand même ?
Il me prit le bras et nous quittâmes l’hôpital.

Erik Orsenna, La grammaire est une chanson douce, pages 85 à 89

mercredi 20 août 2008

Une soudaine révélation,... Virginia Woolf



Une soudaine révélation, une vague comme la rougeur qu'on voudrait arrêter, puis à laquelle on cède, en la sentant s'étendre; on court au bord le plus lointain, et là, on hésite; on sent le monde devenir lourd, tout gonflé de prémices étonnantes, d'un ravissement qui pousse et fait craquer la mince enveloppe et qui jaillit et qui déborde, extraordinairement allègre sur les fentes et sur les plaies. Alors, en cet instant, lui apparaissait une illumination --- un point allumé dans une fleur --- un sens caché presque exprimé.

Virginia Woolf, Mrs Dalloway, Oeuvres Romanesques, Paris, Stock, 1977-1979, tome I, p. 197.

mercredi 9 juillet 2008

Le seuil... Proverbe [photographie Sylvaine Vaucher]


photographie © Sylvaine Vaucher


"Le seuil est la plus haute des montagnes"

proverbe slovène

lundi 7 juillet 2008

le fragment selon David Lynch [photamontage, Claude Cahun]


photomontage, Claude Cahun

« Très souvent, lorsqu’on aperçoit que la partie, c’est encore pire que de voir le tout. Le tout a peut-être une logique, mais hors de son contexte, le fragment prend une valeur d’abstraction redoutable, pouvant tourner à l’obsession ».

David Lynch


mardi 10 juin 2008

« IL EST POSSIBLE QUE LE LIVRE SOIT LE DERNIER REFUGE DE L’HOMME LIBRE....André Suarès



« IL EST POSSIBLE QUE LE LIVRE SOIT LE DERNIER REFUGE DE L’HOMME LIBRE.

Si l’homme tourne décidément à l’automate, s’il lui arrive de ne plus penser que selon les images toutes faites d’un écran, ce dernier finira par ne plus lire.

Toutes sortes de machines suppléeront ; il se laissera manier l’esprit par un système de visions parlantes ; la couleur, le rythme, le relief, mille moyens de remplacer l’effort et l’attention morte, de combler le vide ou la paresse de la recherche et de l’imagination particulière ; tout y sera, moins l’esprit.

Cette loi est celle du troupeau. »

André Suarès

dimanche 13 avril 2008

C'est ridicule. Rainer-Maria Rilke



Jorge Martins - Ma chambre

C'est ridicule. Me voilà dans ma petite chambre, moi âgé de vingt-huit ans, que personne ne connaît. Je suis assis ici et je ne suis rien. Et pourtant ce rien se met à réfléchir ; il réfléchit dans son cinquième étage, par un maussade après-midi parisien, et voici ce qu'il pense : Est-il possible, pense-t-il, qu'on n'ait encore rien vu, rien su, rien dit qui soit réel et important ? Est-il possible qu'on ait eu des millénaires pour regarder, pour réfléchir, pour enregistrer et qu'on ait laissé passer ces millénaires comme une récréation dans une école, pendant laquelle on mange sa tartine et une pomme ? Oui, c'est possible.

Rainer-Maria Rilke Les cahiers de Malte Laurids Brigge

jeudi 10 avril 2008

Gloria Swanson, photo by Steichen




Gloria Swanson, New York, 1924,
© Condé Nast Publications

dimanche 30 mars 2008