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samedi 21 février 2009

In nomine matrice - pour Sylvaine


Flaque© Sylvaine Vaucher
In nomine matrice - à S.V.

Qui est-elle ?
Examinez de plus près,

Approchez la flaque,
Explorez ses reflets d'argent,
Étoffe moirée à vos pieds.

Ayez le regard aigu,
Vous y verrez l'inattendu, ses éclairs.

Elle vous observe,
Elle vous renvoie votre regard,
Elle vous dévisage.
Elle est pêcheur de perles en mer rouge.
Elle sait les nuages, leurs caresses,
Ceux qui voyagent en secret.

Les fresques fluviales de leur pensée,
Elle les devine, les pressens.
Elle sait le désir des miroirs,
Elle modèle leur présage, leur détour.
Elle sait le désir suspendu
Et le murmure inachevé du soupir.
Alors, le palimpseste du rêve s’envisage,
Preste et ténu,
Frêle écaille de mica,
Nu.

In nomine matrice,
Elle parle l'indicible ;
Une langue très très ancienne,

Une langue jamais morte.
Jamais !

Estelle C.


mardi 17 février 2009

Raimund Hoghe


Montpellier danse 2005, Raimund Hoghe, conférence de presse pour sa création "Swan Lake, 4 acts", je n'ai encore vu le spectacle, le verrai le soir même, il termine la rencontre par ces mots, les répétant, répétant la brûlure de leur écho en moi ; avec cette attention extrème portée à une parole quand au terme d'un entretien se délivre l'essentiel :
"La peur tue l'amour, la peur tue l'amour."
Avez-vous remarqué combien artériel est le seuil.

Estelle C.

"Sacre - The Rite of Spring" - 2004 –

Lorenzo De Brabandere and Raimund Hoghe
©Rosa Frank


mardi 10 février 2009

Rendez-nous superficiels ! Les clowns lyriques - Romain Gary


Soir bleu, Edward Hopper


« Notre Père qui êtes au ciel, pria-t-il. Permettez-nous de nous élever ! Permettez nous d'accéder à la surface, rendez-nous superficiels ! [...]

Prenez nos plus hautes institutions et faites-nous vivre au lieu de ça en Corse, dans une chanson de Tino Rossi!
Que notre vie ait toute l'élévation de sa voix, toute la variété de ses rimes!
Sauvez nous du blanc et du noir, réconciliez-nous avec le gris, avec l'impur, gardez la pureté pour vous et apprenez-nous à nous contenter du reste!

Rendez-nous le secret du coït simple comme bonjour où l'on ne risque pas de se casser les jambes à force de s'entortiller!
Rendez-nous les clairs de lune, la valse, permettez-nous de mettre genou à terre devant une femme sans ricaner!

Sauvez-nous du ricanement et de l'analyse, sauvez-nous des élites, faites régner sur nous un rêve de jeune fille!

...rendez-nous la sérénade et l'échelle de corde, le sonnet et la feuille sèche entre les pages d'un livre, mettez Roméo et Juliette au Kremlin!

Sauvez-nous du hara-kiri de l'introspection!

Avant de créer de nouveaux Staline et toute la ribambelle de géniaux pères des peuples, écoutez longuement le coeur des hommes et des femmes qui font l'amour : retenez-vous. Laissez-les continuer. Ne les dérangez sous aucun prétexte.

Gardez le génie pour Vous : Vous en avez singulièrement besoin, c'est un homme qui vous le dit. [...]

Ne touchez à rien!
Laissez-nous les couleuvres et les guêpes et les gros rhumes - c'est si bon d'éternuer!
Et si vous devez absolument nous aider, manifestez-vous en nous de temps en temps comme un aphrodisiaque!»

Romain Gary, Les clowns lyriques, folio, p. 109-112


J'adore ce texte, cette prière, il faut en lire ou en entendre l'intégralité.

(j'ai fais un essai d'enregistrement mais Deezer n'affiche plus mes mp3?!!!!...)

Plus jeune, j'étais dans le désir de le rencontrer en lisant "la nuit sera calme", pour son approche du féminin, pour sa féminité, pour ce qu'il montrait de lui, mais il était déjà sous terre, quand je voulus lui écrire, lui parler, échanger.

« Je vais rompre enfin avec celui qui a toujours su que toute oeuvre humaine ne peut être que de l'à- peu-près et qui n'a pourtant jamais pu se contenter de l'à-peu-près. Celui qui a lutté contre les démons de l'absolu et qui n'a pourtant jamais su faire lui-même cette paix avec l'impossible. Qui a toujours su que rien n'est plus ennemi de l'humain que l'extrémisme de l'âme et qui est pourtant lui-même un extrémiste de l'âme »
Romain Gary

gary_romain.1175278648.jpg



...donc article en cours....

Romain Gary, Danielle Darrieux et Jean Seberg dans "Les Oiseaux vont mourir au Pérou"

Romain Gary, Danielle Darrieux et Jean Seberg dans

"Les Oiseaux vont mourir au Pérou" (SIPA)

jeudi 22 janvier 2009

Projection

Laurent Grasso, Projection, Video 37"

Projection

Ce n'est pas toi qui gratte ta mémoire.
C'est la mémoire qui entre sans frapper.

Une main sur ton genou
Une main sur ton genou
Est-ce toujours ton genou?
Est-ce vraiment ta main?
Cette brûlure te transporte.
Tu n'es plus dans ton lit.
Tu voyages, tu voyages,
Insomnie d'un nuage.

Sous-marine la lave renoue.
Tu lapes les cristaux sur vos joues.
Au revers des récifs,
nous enlace des coraux
l'aubade, à nouveau.

Estelle C.

mercredi 31 décembre 2008

Le monde vacillant


Château de Montferrand

photographie, Laurence Le Corre
(un clic pour agrandir)
Le monde vacillant

Plus de masque / déchirement
Aiguë cette pointe acérée/ martellements brefs et répétés
cris d'oiseaux / si haut fusent naturels/ échos
l'infini fragilité d'une subtile retenue
farouchement/ l'hésitation flanche
Sans bruit/ l'éclosion brutale
têtue/ une fourmi vous parcourt
le parchemin se défroisse
cependant reste flou/ demeure illisible/ mentalement
l'écorce se dénoue
les lueurs sont-elles ailleurs?
précisément/ infailliblement
l'évidence vous étrangle/ aveuglément
la déroute jette ses cailloux
pas à pas

Puis/ vous vous décidez.
Non!

Ce n'est pas une décision!
Rien de mûri/ de construit/ d'élaboré/ rien de tout cela/ RIEN
Juste /Vous
vous enjambez/ vous enjambez le parapet

Au diable les garde-corps/ les garde-fous/ vous enjambez enfin/
ENFIN!

Juste cela
Le paysage est si beau
Ce paysage unique/ solitairement/
solaire

Dans l'écume de votre chute
Le Monde vacillant/ ... s'étourdit

Estelle C.

mercredi 24 décembre 2008

samedi 20 décembre 2008

De la tendre compassion des chats

photographie © Sylvaine Vaucher
(un clic pour agrandir)

De la tendre compassion des chats

Ils nous invitent à l'énigme. Ne donne-t-on sa langue au chat ?

J'aime par dessus tout, quand nous fixant,

ils baissent lentement les paupières,

pour l'offrande vive, renouvelée, de leurs yeux plein de lumière,

communication silencieuse de leur présence dans la distance préservée,

compréhension tacite de ma solitude dans leurs muets ensorcellements,

nimbes de compassion.

Estelle C.

vendredi 19 décembre 2008

La lettre, Léo Ferré


La lettre,

Ton ombre est là, sur ma table, et je ne saurais te dire
Comment le soleil factice des lampes s'en arrange
Je sais que tu es là, que tu ne m'as jamais quitté, jamais
Je t'ai dans moi, au profond, dans le sang, et tu cours dans mes veines
Tu passes dans mon cœur et tu te purifies dans mes poumons
Je t'aime
Je te bois, je te vis, je t'envulve et c'est bien
Je t'apporte, ce soir, mon enfant de longtemps, celui que je me suis fait, tout seul,
Qui me ressemble, qui te ressemble, qui sort de ton ventre, de ton ventre qui est dans ma tête
Tu es la sœur, la fille, la compagne et la poule de ce Dieu tout brûlant
Qui éclaire nos nuits depuis que nous faisons nos nuits
Je t'aime
Je t'aime
Il me semble qu'on m'a tiré de toi et qu'on t'a sortie de moi
Quand tu parles, je m'enchante
Quand je chante, je te parle
Nous venons d'ailleurs, tous les deux. Personne ne le sait
Quand je mourrai, tu ne pourras plus vivre que dans l'alarme
Tu n'auras plus un moment à toi
Tu seras mienne, par-delà le chemin qui nous séparera
Et je t'appellerai
Et tu viendras
Si tu mourais, tu m'appellerais
Je suis la vie pour toi, et la peine, et la joie, et la Mort
Je meurs dans toi, et nos morts rassemblées feront une nouvelle vie, unique, comme si deux étoiles se rencontraient
Comme si elles devaient le faire de toute éternité, comme si elles se collaient pour jouir à jamais
Ce que tu fais, c'est bien, puisque tu m'aimes
Ce que je fais, c'est bien, puisque je t'aime
A ce jour, à cette heure, à toujours, mon amour
Mon amour...

Léo Ferré

lundi 8 décembre 2008

Dernier communiqué Morice Benin


Sabine Weiss, 1953


Dernier communiqué

Parce que c'est entre les hommes
Parce que c'est une histoire de fleur rouge entre eux, depuis des siècles
Parce que la vie est belle et désirable, comme un puit dans le ciel

Parce que malgré tout, ce cheval est fou d'amour pour une étoile
Parce qu'il y a une réponse merveilleuse à la mort qui se traduit par cette épaule tendrement inclinée vers la mer
Parce que nul ne peut chasser la main qui vole et le moineau fabuliste de ma mémoire
Parce qu'il reste du cidre à boire dans les auberges de campagne
Parce que tu ne peux t'éloigner un seul instant sans que je sache que l'équilibre du monde est changé
Parce que le ciel qui se rapproche ne m'empêche pas de grandir

Parce qu'il importe d'aimer toutes choses à ta ressemblance
Je ne m'inquiète pas du jour qui va finir ni de ces fleuves dépassés par l'aventure
Non plus, de cet enfant vaincu qui s'achemine à la renverse dans les blés

Je suis certain d'avoir tout fait pour être sauf

Morice Benin

mercredi 3 décembre 2008

Le Chat et le Soleil - Maurice Carême




LE CHAT ET LE SOLEIL

Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta,

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

Maurice Carême
In l'Arlequin
Copyright Fondation Maurice Carême,

http://passionchats.free.fr/careme.htm



Découvrez undefined!

mercredi 29 octobre 2008

La volupté... Rainer Maria Rilke



La volupté de la chair est une chose de la vie des sens au même titre que le regard pur, que la pure saveur d’un beau fruit sur notre langue.

Elle est une expérience sans limite qui nous est donnée, une connaissance de tout l’univers, la connaissance même dans sa plénitude et sa splendeur.

Rainer Maria Rilke Lettre IV,
in Lettres à un jeune poète

lundi 27 octobre 2008

mercredi 22 octobre 2008

Obscurité antre où tout peut surgir... Henri Michaux



©Sylvaine Vaucher, fractaleSpine


"Obscurité, antre d'où tout peut surgir, où il faut tout chercher.
Sous des peaux, des cuticules, sous une gaine, sous des tôles, des capots, des bordés, des murs, sous des façades,
sous une coque, sous un blindage, tout ce qui compte, ce qui est organes, fonction, ou machine, et ce qui est secret,
est à l'abri de la lumière."

Henri Michaux, Emergences-résurgences.

mardi 7 octobre 2008

Hulton Getty picture collection



Hulton Getty picture collection, 1934

samedi 4 octobre 2008

Fractale Tao - Sylvaine Vaucher



photographie, © Sylvaine Vaucher
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

On regarde le Tao,
cela ne suffit pas pour le voir.

On l'écoute,
cela ne suffit pas pour l'entendre.

On le goûte,
cela ne suffit pas pour en trouver la saveur.

Connaître l'harmonie, c'est saisir le Constant.
Saisir le Constant, c'est être illuminé.

Lao Tseu

samedi 30 août 2008

La grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna [extrait]


Les mots dormaient.
Ils s’étaient posés sur les branches des arbres et ne bougeaient plus. Nous marchions doucement sur le sable pour ne pas les réveiller. Bêtement, je tendais l’oreille : j’aurais tant voulu surprendre leurs rêves. J’aimerais tellement savoir ce qui se passe dans la tête des mots. Bien sûr, je n’entendais rien. Rien que le grondement sourd du ressac, là-bas, derrière la colline. Et un vent léger. Peut-être seulement le souffle de la planète Terre avançant dans la nuit.
Nous approchions d’un bâtiment qu’éclairait mal une croix rouge tremblotante.
-Voici l’hôpital, murmura Monsieur Henri.
Je frissonnai.
L’hôpital ? Un hôpital pour les mots ? Je n’arrivais pas à y croire. La honte m’envahit.
Quelque chose me disait que, leurs souffrances nous en étions, nous les humains, responsables. Vous savez, comme ces Indiens d’Amérique morts de maladies apportées par les conquérants européens.
Il n’y a pas d’accueil ni d’infirmiers dans un hôpital de mots ; Les couloirs étaient vides. Seule nous guidaient les lueurs bleues des veilleuses. Malgré nos précautions, nos semelles couinaient sur le sol.
Comme en réponse, un bruit très faible se fit entendre. Par deux fois. Un gémissement très doux. Il passait sous l’une des portes, telle une lettre qu’on glisse discrètement, pour ne pas déranger.
Monsieur Henri me jeta un bref regard et décida d’entrer.
Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue :
Je t’aime
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Trois mots reliés chacun par un tuyau de plastique à un bocal plein de liquide.
Il me sembla qu’elle nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu’elle nous parlait :
-Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
-Allons, allons, Je t’aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied.
Il la berça longtemps de tous ces mensonges qu’on raconte aux malades. Sur le front de Je t’aime, il posa un gant de toilette humecté d’eau fraîche.
-C’est un peu dur la nuit. Le jour, les autres mots viennent me tenir compagnie.
« Un peu fatiguée », « un peu dur », Je t’aime ne se plaignait qu’à moitié, elle ajoutait des « un peu » à toutes ses phrases.
-Ne parle plus. Repose-toi, tu nous as tant donné, reprends des forces, nous avons trop besoin de toi.
Et il chantonna à son oreille le plus câlin de ses refrains.
La petite biche est aux abois
Dans le bois se cache le loup
Ouh ouh ouh ouh
Mais le brave chevalier passa
Il prit la biche dans ses bras
La la la la
-Viens Jeanne, maintenant. Elle dort. Nous reviendrons demain.

-Pauvre Je t’aime. Parviendront-ils à la sauver ?
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.
Des larmes me venaient dans la gorge.
Elles n’arrivaient pas à monter jusqu’à mes yeux. Nous portons en nous des larmes trop lourdes. Celles-là, nous ne pourrons jamais les pleurer.
-… Je t’aime. Tout le monde dit et répète « je t’aime ». Tu te souviens du marché ? Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ ? Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. Tu veux rendre visite à d’autres malades ?
Il me regarda.
-Tu ne vas pas t’évanouir, quand même ?
Il me prit le bras et nous quittâmes l’hôpital.

Erik Orsenna, La grammaire est une chanson douce, pages 85 à 89

vendredi 22 août 2008

Lui qui aurait voulu pouvoir offrir le ciel - W.B. Yeats


de la Callisto à l'étoile polaire


Lui qui aurait voulu pouvoir offrir le ciel

Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel
Brodé de lumière d'or et de reflets d'argents
Le mystérieux secret, le secret éternel
De la nuit et du jour, de la vie et du temps

Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds
Mais tu sais je suis pauvre et je n'ai que mes rêves
Alors c'est de mes rêves qu'il faut te contenter
Marche doucement, car tu marches sur mes rêves

W.B. Yeats

mercredi 20 août 2008

Une soudaine révélation,... Virginia Woolf



Une soudaine révélation, une vague comme la rougeur qu'on voudrait arrêter, puis à laquelle on cède, en la sentant s'étendre; on court au bord le plus lointain, et là, on hésite; on sent le monde devenir lourd, tout gonflé de prémices étonnantes, d'un ravissement qui pousse et fait craquer la mince enveloppe et qui jaillit et qui déborde, extraordinairement allègre sur les fentes et sur les plaies. Alors, en cet instant, lui apparaissait une illumination --- un point allumé dans une fleur --- un sens caché presque exprimé.

Virginia Woolf, Mrs Dalloway, Oeuvres Romanesques, Paris, Stock, 1977-1979, tome I, p. 197.

mardi 15 juillet 2008

Eloge des Oiseaux [radio]- 1ère partie GIACOMO LEOPARDI

... Quoi qu’il en soit, ce fut une remarquable combinaison de la nature que d’accorder aux mêmes animaux le vol et le chant, car, ainsi, ceux qui ont à divertir les autres créatures avec la voix se rencontrent d’ordinaire dans les lieux élevés, d’où celle-ci peut se répandre plus largement à l’entour et toucher un plus grand nombre d’auditeurs; et d’autre part, l’élément destiné au son, l’air, se trouve peuplé de créatures chantantes et musiciennes. C’est vraiment un grand réconfort et un grand plaisir que procure, autant, me semble-t-il, aux animaux qu’à nous-mêmes, le chant des oiseaux. Je crois que cela tient moins à la douceur des sons, à leur variété ou à leur harmonie, qu’à cette idée de joie qu’exprime naturellement le chant, en particulier celui-là, lequel est une sorte de rire que l’oiseau émet lorsqu’il est plongé dans le bien-être et le contentement.

Ainsi, pourrait-on dire, les oiseaux partagent avec l’homme le privilège de rire, que la nature refuse aux autres animaux; raison pour laquelle certains pensent que l’homme, qui est défini comme un animal intelligent ou raisonnable, pourrait tout aussi bien être qualifié d’animal rieur, étant donné que le rire ne le caractérise pas moins en propre que la raison. Certes, c’est merveille qu’au fond de l’homme, de toutes les créatures la plus misérable et la plus tourmentée, réside la faculté de rire, étrangère à tout autre animal. Merveilleux aussi, l’usage que nous faisons de cette faculté, puisque jetés dans la plus cruelle infortune, accablés de chagrin, écœurés de la vie, convaincus de l’inanité des biens humains, à peu près inaccessibles à la joie et privés de tout espoir, nous n’en sommes pas moins capables de rire. Bien mieux: moins ils ignorent la vanité de ces biens, et la misère de la vie, moins ils sont aptes à espérer et à jouir, et plus ces êtres singuliers se montrent susceptibles de rire.
...

texte intégral ici :
http://pagesperso-orange.fr/chabrieres/texts/leopardi.html

Eloge des Oiseaux - 1ère partie
GIACOMO LEOPARDI
Ecouter maintenant

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mercredi 9 juillet 2008

Le seuil... Proverbe [photographie Sylvaine Vaucher]


photographie © Sylvaine Vaucher


"Le seuil est la plus haute des montagnes"

proverbe slovène