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jeudi 19 février 2009

Expédition en terre inconnue



Astronaute, sur une planète toujours inconnue dans son essence même, en dépit des ressemblances, baptisez chaque cratère, gouffre, domaine, zone, le moindre sillon, au détour de toutes courbes, de toutes voûtes, de toutes énigmes, nommer une à une la couleur de vos émotions.
Calligraphe, de votre main à même la peau, sur sa peau, faites entendre le roseau, l'encre.
Nouvelliste, posez, sur les portes de vos chambres les plus secrètes, de l' intime l'énoncé des chapitres.
Architecte, établissez le plan de la demeure, elle constitue votre relation à l'étrange étrangeté, à cette autre qui vous est si singulière, sur l'épiderme inscrivez le reflet, le révélateur, de vos introspections sensibles, marche après marche.
Exprimez, écoutez la chambre noire de vos rêves argentiques,
là où je devine vos yeux rougis sous la lampe.
La vie est un laboratoire qui nous éprouve.
Développez le négatif, vous obtiendrez l'image.
Fixez l'image, l'image ne se noircira plus.
L'image n'aura plus peur, elle n'aura plus peur de la lumière.
L'image recherchera la lumière, l'image recherchera l'exposition.
L'image rencontrera son désir.
Un désir exact, nu, sur les cimaises de votre âme, son entité charnelle,
la photographie de votre identité.
Vous ne serez plus clandestin à vous même.
Pour autant de ses frontières l'alchimie du mystère restera indemne.

Estelle C.


[Kanfr,
son voyage in terra incognitae, dont il nous restitue six vues, six expositions, vous ne pouvez lire ses petits mots sur ces reproductions, (même en cliquant sur l'image pour l'agrandir), vous en devinerez certains, aussi considérez cette obstruction comme une invitation à nommer vous-même, à dresser la cartographie de votre bien-aiméE, de votre tendre.

Kanfr, découvert lors d'une exposition salle St Ravy, un ravissement face à ses oeuvres et plus particulièrement pour ce planicube femelle dont le titre provocateur n'a pu me détourner de la tendresse qui se lit dans cette anatomie de l'observation sous toutes ses coutures, sensible à la poésie du concept, scribe d'un érotisme ludique.]

dimanche 15 février 2009

Déclaration - Eric-Emmanuel Schmitt

Une déclaration d'amour,
Jean-Pierre Humbert, estampe numérique

« Je préférerais mourir avec vous parce que c'est vous que je préfère.
Je préférerais mourir avec vous parce que je ne veux pas vous pleurer et encore moins que vous me pleuriez. Je préférerais mourir avec vous parce que vous seriez la dernière personne que je verrais au monde. Je préférerais mourir avec vous parce que le ciel, sans vous, ça ne va pas me plaire, ça va même m'angoisser.

[…]
Depuis ce 4 septembre 1944, j’ai toujours cru que Bruxelles avait été libérée parce que j’avais, soudain, sans détour déclaré mon amour au Père Pons. J’en avais été marqué à jamais.
Depuis, je me suis attendu à ce que des pétards explosent et que des drapeaux sortent quand je confessais mes sentiments à une femme ! »

Eric-Emmanuel Schmitt - L'Enfant de Noé

mardi 10 février 2009

Rendez-nous superficiels ! Les clowns lyriques - Romain Gary


Soir bleu, Edward Hopper


« Notre Père qui êtes au ciel, pria-t-il. Permettez-nous de nous élever ! Permettez nous d'accéder à la surface, rendez-nous superficiels ! [...]

Prenez nos plus hautes institutions et faites-nous vivre au lieu de ça en Corse, dans une chanson de Tino Rossi!
Que notre vie ait toute l'élévation de sa voix, toute la variété de ses rimes!
Sauvez nous du blanc et du noir, réconciliez-nous avec le gris, avec l'impur, gardez la pureté pour vous et apprenez-nous à nous contenter du reste!

Rendez-nous le secret du coït simple comme bonjour où l'on ne risque pas de se casser les jambes à force de s'entortiller!
Rendez-nous les clairs de lune, la valse, permettez-nous de mettre genou à terre devant une femme sans ricaner!

Sauvez-nous du ricanement et de l'analyse, sauvez-nous des élites, faites régner sur nous un rêve de jeune fille!

...rendez-nous la sérénade et l'échelle de corde, le sonnet et la feuille sèche entre les pages d'un livre, mettez Roméo et Juliette au Kremlin!

Sauvez-nous du hara-kiri de l'introspection!

Avant de créer de nouveaux Staline et toute la ribambelle de géniaux pères des peuples, écoutez longuement le coeur des hommes et des femmes qui font l'amour : retenez-vous. Laissez-les continuer. Ne les dérangez sous aucun prétexte.

Gardez le génie pour Vous : Vous en avez singulièrement besoin, c'est un homme qui vous le dit. [...]

Ne touchez à rien!
Laissez-nous les couleuvres et les guêpes et les gros rhumes - c'est si bon d'éternuer!
Et si vous devez absolument nous aider, manifestez-vous en nous de temps en temps comme un aphrodisiaque!»

Romain Gary, Les clowns lyriques, folio, p. 109-112


J'adore ce texte, cette prière, il faut en lire ou en entendre l'intégralité.

(j'ai fais un essai d'enregistrement mais Deezer n'affiche plus mes mp3?!!!!...)

Plus jeune, j'étais dans le désir de le rencontrer en lisant "la nuit sera calme", pour son approche du féminin, pour sa féminité, pour ce qu'il montrait de lui, mais il était déjà sous terre, quand je voulus lui écrire, lui parler, échanger.

« Je vais rompre enfin avec celui qui a toujours su que toute oeuvre humaine ne peut être que de l'à- peu-près et qui n'a pourtant jamais pu se contenter de l'à-peu-près. Celui qui a lutté contre les démons de l'absolu et qui n'a pourtant jamais su faire lui-même cette paix avec l'impossible. Qui a toujours su que rien n'est plus ennemi de l'humain que l'extrémisme de l'âme et qui est pourtant lui-même un extrémiste de l'âme »
Romain Gary

gary_romain.1175278648.jpg



...donc article en cours....

Romain Gary, Danielle Darrieux et Jean Seberg dans "Les Oiseaux vont mourir au Pérou"

Romain Gary, Danielle Darrieux et Jean Seberg dans

"Les Oiseaux vont mourir au Pérou" (SIPA)

mardi 20 janvier 2009

Chaman - Sylvaine Jenny

Chaman, Sylvaine Jenny*
"Lorsque meurent les légendes, meurent aussi les rêves"

Hal Borland

*Sylvaine Jenny, plasticienne, illustratrice, qui aime les légendes, les contes, les mythes, les histoires qui font les yeux s'écarquiller, les oreilles s'ouvrir toutes grandes et les coeurs s'émerveiller.
Vous vous en apercevrez en visitant son site.

Dans votre agenda : Vernissage ce jeudi 22 janvier à 18h30
au théâtre de Clermont-l'Hérault, exposition jusqu'au mercredi 11 mars
(du mardi au vendredi de 14h à 17h, théâtre, allées Salengro. Entrée libre)

Je vous invite à lire ce conte
Le garçon qui tenait l'arc de l'arbre-soleil

"Espérons que se rapproche l'ère où principes masculin et féminin gouverneront l'île de la Tortue comme il y a des centaines d'années avant l'arrivée de l'homme blanc. Car c'est dans la communion des sexes que l'énergie humaine irradiera et soutiendra en fin de compte notre planète.

Il n'est pas trop tard. Abandonnons le "garçon" qui est en chacun de nous pour laisser place à la sagesse mâture de l'homme-femme, de la femme-homme, de Wu-men. Car en chinois wu signifie "sans" et men "porte, seuil". Voilà bien l'union des contraires. La porte sans porte des taoïstes : le Wu Men Kuan. C'est la voie sans la voie, la porte sans la porte, le savoir sans le savoir. Tout comme le "garçon" - qui figure l'impulsion destructrice de notre nature tournée vers l'ego - est issu de notre milieu, embrassons et tendons l'arc de la beauté et laissons partir à son rythme la flèche de nos rêves les plus profonds - désireux d'atteindre le cosmos, de se libérer du moi, d'ouvrir wu men kuan, le seuil sans porte de l'univers."

et à parcourir ce site consacré au chamanisne et à la pensée amérindienne dont il est extrait : http://pagesperso-orange.fr/yanu/HTML/chamanisme.htm

lundi 5 janvier 2009

depuis...


Le Moine au bord de la mer
Caspar David Friedrich

depuis...

Aux abords d'une nouvelle année,
seule face à l'horizon toujours incertain,
si ce n'est sa ligne insaisissable, infranchissable,
toujours plus loin quand le désir te porte à sa rencontre,
à moins de ne voir apparaître enfin le rivage où accoster après son long voyage,
le dernier,
mais avant quitter son îlot, affronter le vaste, l'inconnu,
oser les flots,
confondre l'attente,
sur ton visage, les embruns se mêlant à la marée intime,
au bout de la langue, le sel a le goût du sel, toujours.
Dans les yeux une éclaircie,
toujours le soleil revient, indifférent à nos ténèbres,
toujours les vagues sur le sable noient leur crête sauvage.
Les fioles des regrets dans quel océan les verser?
Toute l'iode des mers pourrait-elle suffire à masquer leur amertume?
Les promesses se muent-elles en de fragiles hypothèses?
Pourtant dans la confiance d'un seul regard,
je suis grimpée à bord de leur flottille,
où j'attends chaque nuit la phosphorescence des algues guider mon sillage.
Je murmure à l'oreille des coquillages pour que tu y entendes ma voix,
depuis.

Estelle C.

vendredi 10 octobre 2008

Bernard Noël - La maladie de la chair [extrait]


Leman bleu, Christine Lavanchy

Vous évitiez ma parole tout en multipliant les tentations capables de briser mon silence.Vous faisiez battre en retraite votre écoute comme s'il vous était possible d'augmenter la profondeur de votre oreille. Vous reculiez devant mes confidences à mesure que, grâce à vous, elles devenaient inévitables et, tant pis pour ma mémoire mise ainsi à l'estrapade par les tiraillements que lui infligeait l'égalité de votre distance et de votre intérêt.

Vous faisais-je peur en mêlant mon coeur aux mouvements de l'aveu ou bien vouliez-vous me faire subir je ne sais quelle épreuve de la glace et du feu?

Vous ne pouviez ignorer ce qu'il m'en coûtait ni ce que j'engageais... Vous accepterez, cette fois, que je reprenne tout pour tenter d'y mettre de l'ordre : tout depuis le début.

Vous me devez cette attention même si, je le sais, vous ne me devez rien - en vérité, vous me la devez parce que vous ne me devez rien.

Vous avez déjà compris que je supplie sous mon air de réclamer.

Bernard Noël,

La Maladie de la chair, Éditions Ombres, 1993.

vendredi 3 octobre 2008

... Echapper, échapper à la similitude... Henri Michaux


dessin sous mescaline, Henri Michaux

"...Au désir passager d'"assimiler", aux forces pour le maintien de la forme s'oppose immanquablement en moi l'instinct opposé lequel ne peut disparaître.
Echapper, échapper à la similitude, échapper à la parente, échapper à ses "semblables".
Désobéir à la forme
Comme si, enfant, je me l'étais juré.
Une ressemblance interne, ce serait plus excitant à attraper, non par ruse, mais à bras le corps si je puis dire; ce serait aussi plus redoutable.
Qu'est-ce qu'une ressemblance sans dissemblance ?
Un dessin sans combat ennuie.
Il est incomplet. Qui ne le sent ?"

Henri Michaux
Extrait de "Saisir" avec illustrations de sa divine et folle main :
1979 l'entier, dédié à Micheline Phan Kim Chi

Remerciements à Sylvaine Vaucher

mardi 30 septembre 2008

Agir, je viens - Henri Michaux


Angelina Sierra
Agir, je viens

Poussant la porte en toi, je suis entré
Agir, je viens
Je suis là
Je te soutiens
Tu n'es plus à l'abandon
Tu n'es plus en difficulté
Ficelles déliées, tes difficultés tombent
Le cauchemar d'où tu revins hagarde n'est plus
Je t'épaule
Tu poses avec moi
Le pied sur le premier degré de l'escalier sans fin
Qui te porte
Qui te monte
Qui t'accomplit

Je t'apaise
Je fais des nappes de paix en toi
Je fais du bien à l'enfant de ton rêve
Afflux
Afflux en palmes sur le cercle des images de l'apeurée
Afflux sur les neiges de sa pâleur
Afflux sur son âtre.... et le feu s'y ranime

AGIR, JE VIENS
Tes pensées d'élan sont soutenues
Tes pensées d'échec sont affaiblies
J'ai ma force dans ton corps, insinuée
...et ton visage, perdant ses rides, est rafraîchi
La maladie ne trouve plus son trajet en toi
La fièvre t'abandonne

La paix des voûtes
La paix des prairies refleurissantes
La paix rentre en toi

Au nom du nombre le plus élevé, je t'aide
Comme une fumerolle
S'envole tout le pesant de dessus tes épaules accablées
Les têtes méchantes d'autour de toi
Observatrices vipérines des misères des faibles
Ne te voient plus
Ne sont plus

Equipage de renfort
En mystère et en ligne profonde
Comme un sillage sous-marin
Comme un chant grave
Je viens
Ce chant te prend
Ce chant te soulève
Ce chant est animé de beaucoup de ruisseaux
Ce chant est nourri par un Niagara calmé
Ce chant est tout entier pour toi

Plus de tenailles
Plus d'ombres noires
Plus de craintes
Il n'y en a plus trace
Il n'y a plus à en avoir
Où était peine, est ouate
Où était éparpillement, est soudure
Où était infection, est sang nouveau
Où étaient les verrous est l'océan ouvert
L'océan porteur et la plénitude de toi
Intacte, comme un œuf d'ivoire.

J'ai lavé le visage de ton avenir.

Henri Michaux

jeudi 11 septembre 2008

Écrire pour obéir au besoin que j'en ai. Charles Juliet


Gonzo'art

Écrire pour obéir au besoin que j'en ai.

Écrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.

Écrire pour ne plus avoir peur.

Écrire pour ne pas vivre dans l'ignorance.

Écrire pour panser mes blessures.

Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.

Écrire pour me parcourir, me découvrir.

Me révéler à moi-même.

Écrire pour déraciner la haine de soi.

Apprendre à m'aimer.

Écrire pour surmonter mes inhibitions,

me dégager de mes entraves.

Écrire pour déterrer ma voix.

Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m'unifier.

Écrire pour épurer mon oeil de ce qui conditionnait sa vision.

Écrire pour conquérir ce qui m'a été donné.

Écrire pour susciter cette mutation qui me fera naître une seconde fois.

Écrire pour devenir toujours plus conscient de ce que je suis, de ce que je vis.

Écrire pour tenter de voir plus loin que mon regard ne porte.

Écrire pour m'employer à devenir meilleur que je ne suis.

Écrire pour faire droit à l'instance morale qui m'habite.

Écrire pour retrouver - par delà la lucidité conquise

une naïveté, une spontanéité, une transparence.

Écrire pour affiner et aiguiser mes perceptions.

Écrire pour savourer ce qui m'est offert.

Pour tirer le suc de ce que je vis

Écrire pour agrandir mon espace intérieur.

M'y mouvoir avec toujours plus de liberté.

Écrire pour produire la lumière dont j'ai besoin.

Écrire pour m'inventer, me créer, me faire exister.

Écrire pour soustraire des instants de vie à l'érosion du temps.

Écrire pour devenir plus fluide.

Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant.

Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

Écrire pour donner sens à ma vie.

Pour éviter qu'elle ne demeure comme une terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs

face aux égarements d'une société malade.

Écrire pour être moins seul.

Pour parler à mon semblable.

Pour chercher les mots susceptibles

de le rejoindre en sa part la plus intime.

Des mots qui auront peut-être

la chance de le révéler à lui-même.

De l'aider à se connaître et à cheminer.

Écrire pour mieux vivre.

Mieux participer à la vie.

Apprendre à mieux aimer.

Écrire pour que me soient donnés

ces instants de félicité

où le temps se fracture, et où,

enfoui dans la source,

j'accède à la l'intemporel, l'impérissable,

le sans-limite.

Charles Juliet

lu sur le blog de http://mariereveuse.over-blog.com/

mercredi 27 août 2008

L’écriture est un sentier qui nous mène dans l’horizon d’une inspiration...


illustration Samuelle Ducrocq-Henry

Une enfant de 10 ans a écrit :

"L’écriture est un sentier qui nous mène dans l’horizon d’une inspiration qui vient du coeur. Des soupirs d’adieu et des soupirs qui se réveillent, qui viennent de naître dans notre esprit. L’art est notre vie créée sans contrôle.

C’est un passage désespéré qui nous mène à des victoires insensées. La création naît dans l’esprit, on l’a sur la peau, la peinture on l’inspire sur l’extrémité du monde, je le ressens car je suis humaine."

publié , entre autres textes d’enfants, dans "Les éclipses majestueuses : poésie et peinture" Patrick Laupin ; Comp’Act - 2003

mercredi 20 août 2008

L'outre-vie... Marie Uguay


André Blavier - Ste Marie, Brume matinale

L'outre-vie c'est quand on n'est pas encore dans la vie, qu'on la regarde, que l'on cherche à y entrer. On n'est pas morte encore mais déjà presque vivante, presque née, en train de naître peut-être, dans ce passage hors frontière et hors temps qui caractérise le désir. Désir de l'autre, désir du monde. Que la vie jaillisse comme dans une outre gonflée. Et l'on est encore loin. L'outre-vie comme l'outre-mer ou l'outre-tombe. Il faut traverser la rigidité des évidences, des préjugés, des peurs, des habitudes, traverser le réel obtus pour entrer dans une réalité à la fois plus douloureuse et plus plaisante, dans l'inconnu, le secret, le contradictoire, ouvrir ses sens et connaître. Traverser l'opacité du silence, inventer nos existences, nos amours, là où il n'y a plus de fatalité d'aucune sorte.

Marie Uguay, l'Outre vie.

samedi 12 juillet 2008

Rêver d'un corps à l'aube,... Philippe Jaccottet


Etna par P.Bellisent
crédit photo: www.bellissent.com/


Rêver d'un corps, à l'aube, qui n'aurait plus pour ornements à retirer que les constellations de septembre.

Philippe Jaccottet, cahier de verdure

nb : extrait glané ici http://www.tissiane.com/article-3300099-6.html#anchorComment

samedi 21 juin 2008

Valérie Meynadier et Stéphane Page : Lecture Le 23 juin 08 à 21h, Salle St Ravy




Valéry Meynadier lira des extraits de son roman et Stéphane Pages, sa poésie scandée
à la galerie St Ravy de Montpellier le 23 juin à 21 heures


Valéry est une montpelliéraine dont l’écriture, forte, poétique et peut-être même violente,
nous fait découvrir le monde à la fois dur et émouvant dans lequel baigne les deux personnages clés de son roman.
Face à l’alcool, une adolescente vit, avec sa mère, une descente aux enfers. L’instabilité
et les déménagements successifs constellent la vie de la jeune fille de peurs multiples. Le
style de Valéry est en parfaite adéquation avec les drames qui se jouent entre les deux femmes sans que jamais l’amour ne soit absent. Page après page, elle nous fait partager sa révolte, son désespoir et ses colères.

“ J'ai peur de ma mère comme du haut d'une tour. Peur qu'elle ne me fasse tomber dans
une chute irréversible. J'ai déjà commencé de tomber.”
http://www.chevre-feuille.fr/

Une lecture que vous n'oublierez pas!

nb : sur les cimaises de la galerie St Ravy seront accrochées les oeuvres de Sylvaine Jenny une illustratrice à découvrir également...

jeudi 27 mars 2008

Bulle [extrait ] Le buveur de temps Philippe Delerm


Aquarelle de Jean-Michel Folon©


Oui, c’est moi dans la bulle, à la surface du papier glacé. Votre main passe sur le livre, caresse le mirage, et ne dérange rien. Je suis dans la couleur du jour ; une aube imperceptible, ou bien peut-être un soir ; dans cette nuance idéale des premières pages : le rose informulé, tremblant, de tout ce qui commence, et d’avance le bleu voilé d’une mélancolie légère –il est toujours très tard dans le premier matin du monde. Mais vous avez tourné la page, écarté doucement le rideau froid de l’apparence, et je vais naître au monde ; il suffit d’un regard.

Je suis bien dans ma bulle. Bien ? Le mot résonne étrangement sur les parois de ma planète ; il est monté de votre terre en ondes chaudes, c’est vous qui l’avez suggéré. Enfin vous êtes au bord de me parler. Moi depuis si longtemps je vous regarde, à travers le grand voile. J’attendais. Je préparais en moi la douceur infinie de votre geste. Vous écartez le voile, et je suis presque là. Je vous connais. Vos rêves en mouvement, vos peurs, vos espérances, à l’ombre effrayante et magique de cet élan qui vous possède, et que vous appelez le temps. Je devine un peu son pouvoir, mais je ne recevrai jamais de lui la vie, la mort, le fil inexorable d’un destin. Effleurer seulement son bonheur, sa blessure ; voilà sans doute mon désir secret.

La bulle flotte dans l’espace et grandit lentement vers vous. Lenteur, silence, transparence : le monde d’où je viens vous fait envie, je crois. Je lis dans vos regards ce rêve d’un sommeil flottant dans la lumière. Mais vous le gardez pour plus tard, et passant devant le tableau vous dites simplement « c’est beau », en prolongeant ces mots pour plonger dans mon ciel une seconde. « C’est beau, très beau », et puis vous allez repartir. La beauté ne vous suffit pas. Vous avez tellement mieux qu’elle. Ce vent qui vous possède et que je comprends mal, ce besoin de bouger, d’aller vers autre chose. Pourtant, vous êtes entré dans le musée pour arrêter le temps. Tous les tableaux, comme le mien, dans cette pièce fraîche à l’ombre de l’été vous réclamaient l’oubli. Vous vous êtes arrêté. Vous avez pressenti l’éloignement de mon appel, au-delà du désert de sable. Et vous écartez le rideau. Votre soif secrète et la douceur de votre main ont tourné la première page, et commencé l’histoire d’un personnage différent. Je suis bien dans un cadre, c’est bien le début d’un romaN. Mais je vous donnerai la courbe de ma bulle, le centre lent de mon regard, les gestes gourds de mon corps effacé pour mieux se couler dans l’espace, ne rien comprendre et ne rien pénétrer, pour mieux se fondre et regarder.

Ne vous méprenez pas. Malgré mon espace ovoïde, mon corps informulé, je n’ai rien d’un fœtus. Je ne viens pas d’un autre monde par la chair et le sang ; aucune hérédité ne m’impose un projet, des limites. Non, si je viens au monde, c’est un peu comme dans le poème de Supervielle, vous savez :

« Il vous naît un oiseau dans la force de l’âge

En plein vol et cachant votre histoire en son cœur

Puisqu’il n’a que son cri d’oiseau pour la montrer. »

Voilà, c’est ça. Je suis un ami inconnu. Je viens sur terre pour nouer entre nous ce lien fragile qui n’a pas de nom. Pas encore. Amour, amitié, tendresse, les mots sont codifiés, pour un usage et des rapports précis. Mais entre nous, ce sera bien plus vague.

J’étais bien dans ma bulle. Je le sens maintenant à la fraîcheur de l’air d’ici, qui brûle un peu ; l’air de ma planète était parfait, il n déchirait pas la poitrine, ne donnait pas envie de bouger, de changer. C’était un long sommeil, les yeux ouverts dans les eaux du soleil. C’était la solitude aussi, mais je vous regardais. Êtes-vous bien sur terre ? Excusez-moi. Êtes-vous bien, sur terre ?

Votre réponse est un silence, l’ébauche d’un sourire au coin des lèvres. J’aime bien ce silence, où je sens quelques gouttes de temps pur à la tristesse douce-amer. J’aime bien ce sourire, l’humour est la pudeur des jours –vous êtes tellement civilisé.

Bulle [extrait ] Le buveur de temps Philippe Delerm

source : http://pagesperso-orange.fr/mondalire/fatext%20r%E9cap.htm

mercredi 26 mars 2008

Egon Schiele, extrait, recueil "moi, l'éternel enfant"

Egon Schiele

J’AIMAIS TOUT

Je voulais regarder les Hommes en colère avec amour

Pour obliger leurs yeux à me rendre la pareille

Et les envieux, je voulais les combler de cadeaux et dire

Que je ne valais rien. …

J’entendais de doux vents - tourbillons

Fendre les lignes d’air

Et la jeune fille,

Qui lisait d’une voix plaintive,

Et les enfants

Qui me regardaient avec de grands yeux

Et répondaient par des caresses au regard que je leur rendais

Et les nuages au loin

Ils posaient leurs bons yeux plissés sur moi.

Les jeunes filles blafardes et blanches me montraient

Leurs jambes noires et leurs jarretelles rouges

Et parlaient avec des doigts noirs.

Mais moi, je pensais aux mondes lointains:

digitales.

Si j’étais là moi-même,

Je l’avais à peine su.

Egon Schiele, extrait, recueil "moi, l'éternel enfant"

lundi 24 mars 2008

Teishin & Ryôkan


Kothary Sanjay


Est-ce vraiment toi que j'ai vu

ou cette joie que je ressens encore

est-elle seulement un rêve?

-- Teishin

Dans ce monde d'illusion

nous sommeillons et parlons de rêve.

Rêve, continue à rêver, autant qu'il te plaira.

-- Ryôkan

Ici avec toi je pourrais demeurer

des jours et des années

silencieuse comme la pleine lune

que nous avons regardée ensembles.

-- Teishin

M'as-tu oublié

ou as-tu oublié le chemin de ma demeure?

Je t'ai attendue tout le jour, tous les jours

mais tu n'es pas venue.

-- Ryôkan

La lune, j'en suis sûre, brille haut dans le ciel

au-dessus des montagnes

mais de sombres nuages amoncelés

en noient le sommet dans l'ombre

--Teishin

Tu dois t'élever

au-dessus des nuages sombres

couvrant le sommet de la montagne

sinon comment pourrais-tu jamais voir la lumière?

-- Ryôkan

dimanche 23 mars 2008

lundi 19 novembre 2007