J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir.
samedi 4 octobre 2008
L'aventure d'être en vie - Henri Michaux
J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir.
jeudi 11 septembre 2008
Écrire pour obéir au besoin que j'en ai. Charles Juliet
Écrire pour obéir au besoin que j'en ai.
Écrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.
Écrire pour ne plus avoir peur.
Écrire pour ne pas vivre dans l'ignorance.
Écrire pour panser mes blessures.
Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.
Écrire pour me parcourir, me découvrir.
Me révéler à moi-même.
Écrire pour déraciner la haine de soi.
Apprendre à m'aimer.
Écrire pour surmonter mes inhibitions,
me dégager de mes entraves.
Écrire pour déterrer ma voix.
Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m'unifier.
Écrire pour épurer mon oeil de ce qui conditionnait sa vision.
Écrire pour conquérir ce qui m'a été donné.
Écrire pour susciter cette mutation qui me fera naître une seconde fois.
Écrire pour devenir toujours plus conscient de ce que je suis, de ce que je vis.
Écrire pour tenter de voir plus loin que mon regard ne porte.
Écrire pour m'employer à devenir meilleur que je ne suis.
Écrire pour faire droit à l'instance morale qui m'habite.
Écrire pour retrouver - par delà la lucidité conquise
une naïveté, une spontanéité, une transparence.
Écrire pour affiner et aiguiser mes perceptions.
Écrire pour savourer ce qui m'est offert.
Pour tirer le suc de ce que je vis
Écrire pour agrandir mon espace intérieur.
M'y mouvoir avec toujours plus de liberté.
Écrire pour produire la lumière dont j'ai besoin.
Écrire pour m'inventer, me créer, me faire exister.
Écrire pour soustraire des instants de vie à l'érosion du temps.
Écrire pour devenir plus fluide.
Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant.
Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.
Écrire pour donner sens à ma vie.
Pour éviter qu'elle ne demeure comme une terre en friche.
Écrire pour affirmer certaines valeurs
face aux égarements d'une société malade.
Écrire pour être moins seul.
Pour parler à mon semblable.
Pour chercher les mots susceptibles
de le rejoindre en sa part la plus intime.
Des mots qui auront peut-être
la chance de le révéler à lui-même.
De l'aider à se connaître et à cheminer.
Écrire pour mieux vivre.
Mieux participer à la vie.
Apprendre à mieux aimer.
Écrire pour que me soient donnés
ces instants de félicité
où le temps se fracture, et où,
enfoui dans la source,
j'accède à la l'intemporel, l'impérissable,
le sans-limite.
Charles Juliet
lu sur le blog de http://mariereveuse.over-blog.com/
mercredi 27 août 2008
L’écriture est un sentier qui nous mène dans l’horizon d’une inspiration...

illustration Samuelle Ducrocq-Henry
Une enfant de 10 ans a écrit :
"L’écriture est un sentier qui nous mène dans l’horizon d’une inspiration qui vient du coeur. Des soupirs d’adieu et des soupirs qui se réveillent, qui viennent de naître dans notre esprit. L’art est notre vie créée sans contrôle.
C’est un passage désespéré qui nous mène à des victoires insensées. La création naît dans l’esprit, on l’a sur la peau, la peinture on l’inspire sur l’extrémité du monde, je le ressens car je suis humaine."
publié , entre autres textes d’enfants, dans "Les éclipses majestueuses : poésie et peinture" Patrick Laupin ; Comp’Act - 2003
lundi 18 août 2008
Comme les larmes.... René Char
Comme les larmes montent aux yeux puis naissent et se pressent,
les mots font de même.
René Char, Le Bâton de rosier
lundi 11 août 2008
Joë Bousquet, Papillon de neige [extrait]
J’ai baptisé cet afflux l’être en liberté ! Ce que le ciel vient éclairer entre nos mains, ce reflet qui, dans le sable creusé, est comme un grand papillon de neige sur les mains des enfants.
Ce que je vois ou ce que j’ai entre les mains se nie au profit de ce qui veut être. Tout ce que je regarde soudain est fauché d’un coup d’aile. Le papillon de nuit se pose sur les choses laissant dans mes regards des ailes d’air pur.
Joë Bousquet, Papillon de neige, éd.Verdier
mardi 10 juin 2008
L'ÉCRIVAIN EN APNÉ photographies de Jason Taylor
Pour écrire il faut retenir son souffle...
Photo de Jason Taylor.
source : http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/index.php/2007/11
dimanche 13 avril 2008
Pour écrire un seul vers... Rainer-Maria Rilke

« Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.
Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.
Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.
Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers. »
Rainer-Maria Rilke - Les cahiers de Malte Laurids Brigge
lundi 31 mars 2008
Trouver la source [extraits] Charles Juliet
[…]
De la sorte, ces mouvements très ténus, en prenant corps, deviennent de timides poussées de vie, désirs confus, balbutiantes intuitions, menues découvertes, rappels de sensations, de souvenirs… , ces murmures à peine audibles par lesquels le plus obscur se dégage de l’indifférencié et cherche à se faire entendre.
Charles Juliet, Trouver la source, Paroles d’Aube, 1994, p.75-76.
mardi 18 mars 2008
Ecrire la voix par Charles Juliet
Ma voix, il lui a fallu un long temps pour mourir.
J’avais en tête le mot mûrir, et je m’aperçois que je viens d’écrire mourir.
J’accueille donc ce mot qui s’est subrepticement glissé sous ma plume, et j’écris en toute connaissance de cause : ma voix, il lui a fallu un long temps pour mourir.
Cette voix silencieuse qui se confond avec les mots que depuis quelque trente ans, jour après jour, je trace à grand-peine avec un stylo sur des feuilles de papier, un long temps lui a été nécessaire pour mourir aux mots, notions, préoccupations diverses..., qui participaient à son obscur travail et l’alimentaient, mais ne lui appartenaient pas.
Au début, écrire n’était même pas possible. Un trop-plein obstruait la source. La profusion tumultueuse de ce qu’il y avait à dire entraînait un tel bouillonnement, qu’il y avait suffocation, et par voie de conséquence, mutisme.
Puis dans la souffrance, dans une tension de tout l’être, des mots, des bribes de phrases ou de poèmes ont été balbutiés. Par la suite, ces mots se sont faits plus nombreux, et ils ont fini par composer une continuité, par s’articuler, par former une parole cohérente et intelligible.
Durant ces premières années de bredouillante parole, les mots que j’utilisais ne montaient pas de mon propre fonds. Je parle des mots, mais aussi, de ce dont ils sont le support. Aussi, à la faveur des métamorphoses survenues, la voix n’a-t-elle cessé de muer, d’abandonner ses peaux mortes.
Les mots qu’il me fallait employer mais que je n’avais pas eu le temps de porter dans mon sang, de faire miens, étaient vécus comme des corps étrangers, qui altéraient la voix.
Pour que j’aie la sensation de quasiment me confondre avec les mots que j’emploie, il importe qu’ils dorment longuement en moi, se mêlent à ma substance, se nourrissent de mon humus. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils peuvent se charger de ce qu’ils auront à porter au jour.
Ces mots que je ne peux aimer, qui me paraissent morts et n’appartiendront jamais à mon vocabulaire. A l’inverse, ces mots que j’affectionne tout particulièrement, qui ont tendance à revenir plus souvent que d’autres sous ma plume, et que j’appelle des mots-pivots. (En botanique, on appelle pivot la racine principale qui s’enfonce verticalement dans le sol). Ce sont eux qui me servent à pénétrer en des points cruciaux mon sol et mon sous-sol.
Une voix, c’est un mixte de sons-mots-souffle-rythme, à quoi s’ajoute un certain quelque chose propre à chacun. Écrire, ce fut dès l’origine tenter de retrouver le timbre et le rythme de la voix du corps avec les mots que formait la plume.
Pour restituer ce que je perçois de ce qui fermente et bruit dans mes limbes, la voix qui se fait entendre au long de mes mots doit être lente, grave, sourde. Seule une telle voix peut donner à ressentir ce que j’éprouve lorsque, enfoui au plus intime de moi-même, j’ai une conscience aiguë de la beauté et du tragique de la vie.
Écrire, c’est me laisser scander par un rythme. Un rythme qui m’est imposé par celui du souffle. Il est des écritures sans rythme et qui me paraissent physiologiquement fausses.
Écrire la voix, c’est simplement transcrire les mots de cette voix qui ne cesse de murmurer dans le silence de ma nuit.
C’est pour se mettre à l’écoute de cette voix que l’écrivain a besoin de se retirer dans la solitude et le silence.
On a pu prétendre que le regard est le miroir de l’âme. D’une manière semblable, ne pourrait-on dire que la voix pourrait s’entendre comme la musique de l’âme ?
Texte paru dans La Bartavelle N°1 (série dirigée par Pierre Perrin, décembre 1994)
source : http://oceania55.canalblog.com/archives/2008/01/29/7745121.html


