vendredi 23 janvier 2009
jeudi 22 janvier 2009
Projection

Projection
Ce n'est pas toi qui gratte ta mémoire.
C'est la mémoire qui entre sans frapper.
Une main sur ton genou
Une main sur ton genou
Est-ce toujours ton genou?
Est-ce vraiment ta main?
Cette brûlure te transporte.
Tu n'es plus dans ton lit.
Tu voyages, tu voyages,
Insomnie d'un nuage.
Sous-marine la lave renoue.
Tu lapes les cristaux sur vos joues.
Au revers des récifs, nous enlace des coraux
l'aubade, à nouveau.
Estelle C.
mercredi 21 janvier 2009
Young bird

Jeune martinet impatient, Estelle C.
Avoir le coeur impatient, sans se soucier de son aptitude à s'envoler encore, puisque la certitude de ce ciel s'est inscrite, souverainne, dans les nervures mêmes de tes songes.
Les ailes apprivoisent l'invisible, c’est tout l’espace se déplissant, déferlant soudain.
Quand ouvriras-tu donc tes volets, m’interroge résolu son œil bleui par son désir inassouvi en miroir ensorcelé.
La spirale du temps t’offrira par nuées, ce que ton attente exaltée enserre au bout de mes doigts.
Estelle C.
mardi 20 janvier 2009
Chaman - Sylvaine Jenny
Chaman, Sylvaine Jenny*"Lorsque meurent les légendes, meurent aussi les rêves"
Hal Borland
*Sylvaine Jenny, plasticienne, illustratrice, qui aime les légendes, les contes, les mythes, les histoires qui font les yeux s'écarquiller, les oreilles s'ouvrir toutes grandes et les coeurs s'émerveiller.
Vous vous en apercevrez en visitant son site.
Dans votre agenda : Vernissage ce jeudi 22 janvier à 18h30 au théâtre de Clermont-l'Hérault, exposition jusqu'au mercredi 11 mars
(du mardi au vendredi de 14h à 17h, théâtre, allées Salengro. Entrée libre)
Je vous invite à lire ce conte Le garçon qui tenait l'arc de l'arbre-soleil
"Espérons que se rapproche l'ère où principes masculin et féminin gouverneront l'île de la Tortue comme il y a des centaines d'années avant l'arrivée de l'homme blanc. Car c'est dans la communion des sexes que l'énergie humaine irradiera et soutiendra en fin de compte notre planète.
Il n'est pas trop tard. Abandonnons le "garçon" qui est en chacun de nous pour laisser place à la sagesse mâture de l'homme-femme, de la femme-homme, de Wu-men. Car en chinois wu signifie "sans" et men "porte, seuil". Voilà bien l'union des contraires. La porte sans porte des taoïstes : le Wu Men Kuan. C'est la voie sans la voie, la porte sans la porte, le savoir sans le savoir. Tout comme le "garçon" - qui figure l'impulsion destructrice de notre nature tournée vers l'ego - est issu de notre milieu, embrassons et tendons l'arc de la beauté et laissons partir à son rythme la flèche de nos rêves les plus profonds - désireux d'atteindre le cosmos, de se libérer du moi, d'ouvrir wu men kuan, le seuil sans porte de l'univers."
et à parcourir ce site consacré au chamanisne et à la pensée amérindienne dont il est extrait : http://pagesperso-orange.fr/yanu/HTML/chamanisme.htmsamedi 17 janvier 2009
Tempête têtue à se taire
Lancinant silence baisse la herse, aiguise ses lances
Pâles paumes pâmées pour partition improbable
Le ressac du rapt capture toutes ratures
Un essaim de mots fourmille, crépite
Obtenir un gage serait-il gageure?
Condamner l'inconséquence sans en connaître la cause?
Exhiber ses équinoxes, exfolier les ecchymoses
La morsure de l'évidence sous le masque des apparences
Interprétations intraduisibles, nuisibles mutineries
Autopsie de l'insomnie dans le coma du songe
Le ravissement du rêve ranime son souffle
Les pulsations du temps tapissent ta tête
Effeuillant pétale à pétale les parures diaprées
L'absence de réponse en ramification de ronce
Dans les sillons des interrogations se fronce
Ai-je cueilli le dernier fruit posthume?
Dans le berceau de mes mains vacille un baisé déposé
La rumeur lointaine d'une voix sous-marine tente de l'apaiser
Ô réminiscences des murmures, chuchotements de la mémoire
Froissements de langue aux marches du palais
Turbulences océanes
Aspirations cycloniques d'étoffes moirées
Incarnat du coeur, nuances syncopées
Sur les lambris de la distances
Sur le déni de l'absence
Pas de danse esquissés
Pampres des bras noués
Sous la peau une volière s'anime à nouveau
Dispersant les cendres, amas ennemi,
Attisant, frémissement d'ailes, la braise enfouie
Où es-tu donc?
Quand l'écume du souvenir me laisse seule sur le rivage,
A attendre l'horizon d'une voilure hissant son pavillon d'inconnues
Impénitente, de la vigie garder l'altitude
Revoir ces ombres souveraines, dans tes yeux, oscillantes
Flottilles embusquées infiniment désarmantes
Mon égérie dans une ville en pluie
Je suis cette ville que tu ne parcours
Qu'au détour de mes mots égarés
Estelle C.
vendredi 16 janvier 2009
Carrousel le coeur
d'un coquillage vous avale / alluvion des brèches
Tu cherches une ombre dans une poignée d'oeufs
Le vent poursuit, rattrape, s'engouffre, passe partout
Un nuage te pince / chat curieux remue l'inanimé
Fils à hautes tensions grésillent dans le morne pays
La joute des fontaines / goutte à goutte / en apesanteur
Un tronc noué / d'argile se saoule / sauvage
sous la pierre juste la trace de la pierre toi qui voulait
Je n'ai pas dit /pas encore aurais-je le temps que tu / m'entendes
chaque particule d'air renvoie une lumière / aveugle/aveuglante
Une araignée d'eau valse entre les roseaux / leurs duvets s'en souviennent
A ciel ouvert les cariatides porte l'azur et / l'outre mer
inscrit dans un bouton de fleur / à l'intérieur /ouvert fermé / ouvert
Une pince à sucre dont personne ne se sert / plus
Répètes le encore / mon coeur n'est pas las de l'entendre
Le sel creuse la rouille / se détache les éclats
D'une rive à l'autre / le cri / une mouette s'est-elle perdue?
Rescapée / une bouée au bout de la corde / dévidée
Roule le buisson squelettique / trace / scriptural secret
Impavide la statue te montre / du doigt
La vague rejoint la vague / défroissant
Estelle C.
( 15/01/09)
The frozen world - Emilie Simon [BOF La marche de l'empereur]
Won't you open for me
The door to your ice world
To your withe desert
I just want to stare
Out over these snowfields
Until we are one again
We belong to the frozen world
When the ice begins th thaw
Becomes the sea
Oh, you will see
How beautiful we can be
Everything is calm
At the end of the planet
In our white desert
The sun kissed the ice
It glistens for me
And we are one again
We belong to the frozen world
When the ice begins to thaw
Becomes the sea
Oh, you will see
How beautiful we can be.
Le Monde Gelé
Pourrais-tu ouvrir pour moi
La porte de ton monde de glace
De ton désert blanc
Je veux simplement contempler
Tous ces champs de neige
Jusqu'à ce que nous ne fassions qu'un à nouveau
Nous appartenons au monde gelé
Quand la glace commencera à fondre
Et deviendra la mer
Oh, tu verras
À quel point on peut être beaux
Tout est calme
Au bout de la terre
Dans notre désert blanc
Le soleil a embrassé la glace
Il brille pour moi
Et nous ne faisons qu'un à nouveau
Nous appartenons au monde glacé
Quand la glace commencera à fondre
Et deviendra la mer
Oh, tu verras
À quel point on peut être beaux
jeudi 15 janvier 2009
Paroles d'enfant

un doudou sur le coeur carrousel, Estelle C.
Je ne décelais ce que ses yeux hypnotisés ne pouvaient quitter un instant.
J'accélérais le pas, vérifiais encore une fois combien je ne savais suspendre le temps, non, décidément!
Avant d'arriver à leur hauteur, je levais une dernière fois les yeux, sait-on jamais?
Puis les dépassant, j'entendis ce petit garçon interroger :
" Les étoiles filantes quand elle tombent ; quand elles tombent, elles se font mal?"
J'aurais voulu ralentir mon allure, j'aurais voulu être indiscrète pour écouter toutes les questions de cet enfant.
Racontant cette anecdote à mes amies, Ourida nous confia la si délicieuse réponse d'une petite fille à qui sa mère réprobatrice lui demandait où elle avait bien pu mettre les mains pour les avoir si noires :
"Je les ai trempées dans la nuit."
Estelle C.
mardi 13 janvier 2009
Allez! Sous riz, puisque c'est grave!
Vous ne vous sentez pas bien, vous traînez un rhume et son long cortège de kleenex, vous vous sentez aussi courbaturée que si vous aviez passé la journée à éviter les piétinements d'une mêlée de rugby et votre ventre s'est mué justement en ballon ovale qui s'exprimerait par borborygmes, les spasmes se mettent eux aussi à gargouiller, vos douleurs ne se libèrent qu’en signaux odoriférants, bonheur d’avoir le nez bouché parfois !
Vous ne cherchez pourtant à faire fuir personne, l’ennemi est interne, toute décatie vous regagnez votre lit en soliste, diminuée, la toux fidèlement vous y accompagne pour une salutaire séance de gymnastique abdominale, vous qui ne fréquentez guère les salles de sport.
Vous ne dormez plus mais vous n’êtes pas éveillée, c’est léthargique que vous êtes votre propre spectateur impuissant. Vous ne maîtrisez rien. L’humiliation vous gagne de concert.
Ce jour là précisément, les amies qui veulent vous voir. L'une vous conviant à boire un café au soleil qui est revenu lui aussi, mais vous ne lui infligerez pas votre pâleur, une autre vous proposant de vous oxygéner dans le jardin des plantes pour fuir la cohue frénétique de cette période de soldes et une dernière vous invitant dans la soirée à voir le dernier film d'Agnès Varda, "les plages d'Agnès" en guise de cadeau de noël, une belle attention, vous qui affectionnez cette cinéaste iconoclaste, fantasque, espiègle, humaine...Bien, ça ne va pas être possible !...Vous restez couchée avec un rhume récalcitrant, une bronchite persistante, avec le chiendent d'une fatigue prenant ses quartiers dans les moindres recoins, anesthésiant, anéantissant toute volonté autre que celle d'empoigner votre oreiller...
La présence de vos amies vous réconforte quelque peu même si vos seuls interlocuteurs tangibles sont de toute évidence vos seuls doigts de pieds!
En vous, surtout, ce traumatisme des incontinences irrépressibles, ces bombes à retardement dans les entrailles lapidant tout élan, vous maintenant emprisonnée à faible distance de la lunette de vos cabinets, soit une sanitaire garde à vue !
Puis quand la nuit arrive, elle arrive tôt, vous allez mieux, vous bénissez le progrès, l'inventeur de la machine à laver, vous bénissez la chance d'en avoir une à domicile, vous pensez aux femmes qui devaient aller au lavoir, vous faites une grimace moqueuse à Renoir qui pensait que le corps des femmes avaient beaucoup perdu depuis qu'elles n'étaient plus lavandières! Ah ...Ces hommes! Ils ne peuvent s'empêcher de donner du grain à mon féminisme! Ce moulin là tourne bien, trop bien!
C'est certain, c'était du sport de savonner, frotter, brosser, battre, essorer des kilos et des kilos de linges empesés.
Ces cataclysmes internes vous enserrent dans l’étau d’angoisses prégnantes, ce n'est certes pas le genre de volcan que l'on a envie de partager, ils attendent que vous soyez recouchée, abattue, rendormie, ou seulement sous la somnolence d'une intense asthénie, d'une puissante inertie pour se réveiller à nouveau, la perversité incarnée!
Vous êtes sans appétit, pas la peine de le nourrir le monstre. Mais comme vous faites corps, pas le moment de dépérir non plus!...Bon...Heureusement il vous reste le thé et le riz Basmati!
Chance, aussi ces denrées sont toujours dans vos placards.
Providence, votre tendre n'était pas dans votre lit!
Bah… J’essaie de voir le positif!...Bien que la vraie fortune soit de ne plus connaître ces affligeants désordres de transit et de l'avoir dans vos bras, enfin !...Sans transition!...Pour d'autres corporelles métaphores...
Si néanmoins, tous vos méandres ne l'ont pas vu prendre la fuite!
Allez, souris puisque c’est grave…Vous faites du riz pour deux.
Il faut bien nourrir sa solitude, sinon comment pourrais-je marcher vers toi.
jeudi 8 janvier 2009
Confondues
Confondues,
Au souvenir enchevêtré de nos mains,
des xylophones plein les yeux, j'ai!
De toutes nos équations, les inconnues s'entrecroisent
La langue retrouve l'hydrophile saveur,
Soudain ;
Sans Y grec,
à en perdre son latin.
L'Hydre nous constelle de déclinaisons confondues,
Confusément,
Profusément ;
De pronfondis,
Des roseraies se supplicient.
Estelle C.
mardi 6 janvier 2009
lire l'avenir
photographie, Estelle C.
Je suis une diseuse de bonne aventure juste par maladresse.
Aussi mes consultations ont-elles le prix d'un sourire, voire d'un fou rire,
mais qui connaît la frontière du rire aux larmes?
Il me revient en mémoire les films de John Cassavetes surtout Faces et Love streams, voilà un entomologiste des émotions, sensible à leur capture, attentif à leur fragilité, à leur vie d'éphémères, à leur force de roseau, aux liens qui ne se brisent, à ceux qui se déchirent, à leur écosystème toujours en milieu acquatique.
Il connaissait leurs couleurs d'apparat et leur vertige, le moment où tout bascule, il savait regarder derrière les miroirs, au delà des masques, des convenances, le projecteur sur cette solitude existentielle qui est la nôtre quand elle rencontre l'autre, avec au coeur le désir non de déchiffrer nos hiéroglyphes mais de nous en montrer la lumière incarnat par intermitence, les respirations d'un papillon entre deux battements d'ailes, l'âme au bout des doigts palpitant, image par image.
Estelle C.
lundi 5 janvier 2009
depuis...

Le Moine au bord de la mer
Caspar David Friedrich
Aux abords d'une nouvelle année,
seule face à l'horizon toujours incertain,
si ce n'est sa ligne insaisissable, infranchissable,
toujours plus loin quand le désir te porte à sa rencontre,
à moins de ne voir apparaître enfin le rivage où accoster après son long voyage,
le dernier,
mais avant quitter son îlot, affronter le vaste, l'inconnu,
oser les flots,
confondre l'attente,
sur ton visage, les embruns se mêlant à la marée intime,
au bout de la langue, le sel a le goût du sel, toujours.
Dans les yeux une éclaircie,
toujours le soleil revient, indifférent à nos ténèbres,
toujours les vagues sur le sable noient leur crête sauvage.
Les fioles des regrets dans quel océan les verser?
Toute l'iode des mers pourrait-elle suffire à masquer leur amertume?
Les promesses se muent-elles en de fragiles hypothèses?
Pourtant dans la confiance d'un seul regard,
je suis grimpée à bord de leur flottille,
où j'attends chaque nuit la phosphorescence des algues guider mon sillage.
Je murmure à l'oreille des coquillages pour que tu y entendes ma voix,
depuis.
Estelle C.
mercredi 31 décembre 2008
Le monde vacillant

Château de Montferrand
photographie, Laurence Le Corre
(un clic pour agrandir)
Plus de masque / déchirement
Aiguë cette pointe acérée/ martellements brefs et répétés
cris d'oiseaux / si haut fusent naturels/ échos
l'infini fragilité d'une subtile retenue
farouchement/ l'hésitation flanche
Sans bruit/ l'éclosion brutale
têtue/ une fourmi vous parcourt
le parchemin se défroisse
cependant reste flou/ demeure illisible/ mentalement
l'écorce se dénoue
les lueurs sont-elles ailleurs?
précisément/ infailliblement
l'évidence vous étrangle/ aveuglément
la déroute jette ses cailloux
pas à pas
Puis/ vous vous décidez.
Non!
Ce n'est pas une décision!
Rien de mûri/ de construit/ d'élaboré/ rien de tout cela/ RIEN
Juste /Vous
vous enjambez/ vous enjambez le parapet
Au diable les garde-corps/ les garde-fous/ vous enjambez enfin/
ENFIN!
Juste cela
Le paysage est si beau
Ce paysage unique/ solitairement/
solaire
Dans l'écume de votre chute
Le Monde vacillant/ ... s'étourdit
Estelle C.
mercredi 24 décembre 2008
Le lierre
Saveur d'une fraise sous la dent
Un éclat groseille
Stupeur dans l'orbe
Une apesanteur arrachée
Sous l'ombre un insecte encore farouche
La cachette du silence soudain
La herse se lève
Les éperons du doute ne blessent plus
Sous le tranchant d'une aile, un frisson
L'altitude poudroie
Les mots se givrent
Les mots fondent
Les volets restent clos
Souriant à peine le cours d'eau égraine ses galets
Se déchirent les rideaux oublieux d' anciens tourments
S'émiettent sous la bourrasque leur trame
Tombent en poussière les questions
Croque, dévore le sablier, tout l'espace
Menottée, le lierre t'envahit
Estelle C.
dimanche 21 décembre 2008
samedi 20 décembre 2008
De la tendre compassion des chats
De la tendre compassion des chats
Ils nous invitent à l'énigme. Ne donne-t-on sa langue au chat ?
J'aime par dessus tout, quand nous fixant,
ils baissent lentement les paupières,
pour l'offrande vive, renouvelée, de leurs yeux plein de lumière,
communication silencieuse de leur présence dans la distance préservée,
compréhension tacite de ma solitude dans leurs muets ensorcellements,
nimbes de compassion.
vendredi 19 décembre 2008
La lettre, Léo Ferré

La lettre,
Ton ombre est là, sur ma table, et je ne saurais te dire
Comment le soleil factice des lampes s'en arrange
Je sais que tu es là, que tu ne m'as jamais quitté, jamais
Je t'ai dans moi, au profond, dans le sang, et tu cours dans mes veines
Tu passes dans mon cœur et tu te purifies dans mes poumons
Je t'aime
Je te bois, je te vis, je t'envulve et c'est bien
Je t'apporte, ce soir, mon enfant de longtemps, celui que je me suis fait, tout seul,
Qui me ressemble, qui te ressemble, qui sort de ton ventre, de ton ventre qui est dans ma tête
Tu es la sœur, la fille, la compagne et la poule de ce Dieu tout brûlant
Qui éclaire nos nuits depuis que nous faisons nos nuits
Je t'aime
Je t'aime
Il me semble qu'on m'a tiré de toi et qu'on t'a sortie de moi
Quand tu parles, je m'enchante
Quand je chante, je te parle
Nous venons d'ailleurs, tous les deux. Personne ne le sait
Quand je mourrai, tu ne pourras plus vivre que dans l'alarme
Tu n'auras plus un moment à toi
Tu seras mienne, par-delà le chemin qui nous séparera
Et je t'appellerai
Et tu viendras
Si tu mourais, tu m'appellerais
Je suis la vie pour toi, et la peine, et la joie, et la Mort
Je meurs dans toi, et nos morts rassemblées feront une nouvelle vie, unique, comme si deux étoiles se rencontraient
Comme si elles devaient le faire de toute éternité, comme si elles se collaient pour jouir à jamais
Ce que tu fais, c'est bien, puisque tu m'aimes
Ce que je fais, c'est bien, puisque je t'aime
A ce jour, à cette heure, à toujours, mon amour
Mon amour...
Léo Ferré
jeudi 18 décembre 2008
A tue-tête
Grenades, les mots éclatent, explosent ;
parfois, ils ont la couleur du fruit
désaltérant suscitant d'autres soifs,
exaltant la friction des échanges,
l'émotion du partage.
D'autres portent en eux des lames qui blessent,
des fragments de miroir déformant,
nous font porter des habits qui ne sont les nôtres,
nous ridiculisent, nous jugent, nous défigurent.
Ces mots tels des barbelés viendront s'interposer
entre qui les a posé et qui les a reçu ;
vilain hochet s'agitant dans notre mémoire,
avec un bruit intolérable.
....Faire attention à la prégnance des images,
même si nos intentions étaient tout autre.
Nous sommes un champ de bataille.
En sortant de leur tranchée,
mes mains ont mis tes cheveux en bataille,
c'est de douceurs qu'elles reviennent,
une baïonnette sur la poitrine.
Dégoupiller tous les mots,
ceux qui lacèrent, ceux qui étreignent,
leur tirer la langue à bout portant,
les gracier de trop longues peines.
Le lui dire, enfin!
Te le dire, ce trésor par toi déterré.
Estelle C.
mardi 16 décembre 2008
Tea for you too
se pose sur tes oreilles, te saisit le nez.
Au bord ourlé du petit bol,
palpite une tiédeur sur ta bouche,
reflet de ton sourire sur la langue, sous la peau,
infusion de nos effeuillements,
me souvenir me morsure.
Estelle C.
dimanche 14 décembre 2008
By this river - Brian Eno
Here we are
Stuck by this river,
You and I
Underneath a sky that's ever falling down, down, down
Ever falling down.
Through the day
As if on an ocean
Waiting here,
Always failing to remember why we came, came, came:
I wonder why we came.
You talk to me
as if from a distance
And I reply
With impressions chosen from another time, time, time,
From another time.
Brian Eno
lundi 8 décembre 2008
Dernier communiqué Morice Benin
Dernier communiqué
Parce que c'est entre les hommes
Parce que c'est une histoire de fleur rouge entre eux, depuis des siècles
Parce que la vie est belle et désirable, comme un puit dans le ciel
Parce que malgré tout, ce cheval est fou d'amour pour une étoile
Parce qu'il y a une réponse merveilleuse à la mort qui se traduit par cette épaule tendrement inclinée vers la mer
Parce que nul ne peut chasser la main qui vole et le moineau fabuliste de ma mémoire
Parce qu'il reste du cidre à boire dans les auberges de campagne
Parce que tu ne peux t'éloigner un seul instant sans que je sache que l'équilibre du monde est changé
Parce que le ciel qui se rapproche ne m'empêche pas de grandir
Parce qu'il importe d'aimer toutes choses à ta ressemblance
Je ne m'inquiète pas du jour qui va finir ni de ces fleuves dépassés par l'aventure
Non plus, de cet enfant vaincu qui s'achemine à la renverse dans les blés
Je suis certain d'avoir tout fait pour être sauf
Morice Benin
mercredi 3 décembre 2008
Le Chat et le Soleil - Maurice Carême

LE CHAT ET LE SOLEIL
Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta,
Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.
Maurice Carême
In l'Arlequin
Copyright Fondation Maurice Carême,
http://passionchats.free.fr/careme.htm
Découvrez undefined!
lundi 24 novembre 2008
Microcosmos, le peuple de l'herbe
Look at your feet
This funny world
Full of insane small creatures
And listen to this buzzing chord
Who keenly spreads such strange murmurs
The sound's buzzing, swarming
Sliding beetles, snails, and ladybirds On swarming grubs
On sliding ants
Open your eyes before you die
Sit on the grass Observe and paint
The toad, the wasp, the dragonfly
The sound's buzzing, swarming
Sliding beetles, snails, and ladybirds
Regardez vos pieds
Ce monde drôle
Plein de petites créatures folles
Et écoutez ce choeur bourdonnant
qui étend profondément de tels murmures étranges
le bourdonnement du son, l'essaimage
des scarabées Glissants, des escargots et des coccinelles
Sur des larves essaimantes Sur des fourmis glissantes
Ouvrez vos yeux avant que vous ne mouriez
assis dans l'herbe Observer et peindre
le crapaud, la guêpe, la libellule
le bourdonnement du son, l'essaimage
des scarabées Glissants, des escargots et des coccinelles
- Réalisation : Claude Nuridsany et Marie Pérennou.
- Musique : Bruno Coulais.
- Durée : 75 min.
vendredi 21 novembre 2008
Promesse aux « Moineaux » Emily Dickinson
La victoire vient tard,
Abaissée vers des lèvres froides
Trop saisies par le gel
Pour s’en soucier !
Quel goût exquis elle aurait eu !
Fût-ce une goutte !
Dieu était-il si avare ?
Sa table est dressée trop haut pour Nous
À moins de dîner sur la pointe des pieds !
Les Miettes – conviennent à de petits becs -
Les Cerises – aux Grives –
Le goûter doré de l’Aigle – les éblouit !
Dieu tienne Sa Promesse aux « Moineaux »,
Qui de peu d’Amour – savent jeûner !
Emily
Emily Dickinson, vers 1861
jeudi 20 novembre 2008
Louise Labé - Je vis, je meurs ; je brûle et je me noie...
Médaillon, Vienne milieu du XVIe siècle
Sonnet VIII
Je vis, je meurs ; je brûle et je me noie ;
j'ai très chaud tout en souffrant du froid ;
la vie m'est et trop douce et trop dure ;
j'ai de grands chagrins entremêlés de joie.
Je ris et je pleure au même moment,
et dans mon plaisir je souffre maintes graves tortures ;
mon bonheur s'en va, et pour toujours il dure ;
du même mouvement je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour me mène de manière erratique ;
et quand je pense être au comble de la souffrance,
soudain je me trouve hors de peine.
puis quand je crois que ma joie est assurée
et que je suis au plus haut du bonheur auquel j'aspire,
il me remet en mon malheur précédent.
Louise Labé
lundi 17 novembre 2008
Jean-Louis Barrault dans Les enfants du Paradis

Baptiste
son visage suffisait à exprimer les mots qu'il ne dit pas."
..."c'est tellement simple l'amour."
dans Les enfants du paradis
film de Marcel Carné,
scénario et dialogues de Jacques Prévert
samedi 15 novembre 2008
... Quand... jusqu'à la fin des temps. Christian Bobin
on a toujours quelque chose à lui dire ou à lui écrire,
jusqu'à la fin des temps."
Christian Bobin
jeudi 13 novembre 2008
Le chant des naufragés J.- M. Maulpoix
Le chant des naufragés
Nous sommes les naufragés de la langue
D'un pays l'autre nous allons, accrochés aux bois flottés de nos phrases
Ce sont les restes d'un ancien navire depuis longtemps fracassé
Mais le désir nous point encore, tandis que nous dérivons
De sculpter dans ces planches des statuettes de sirènes aux cheveux bleus
Et de chanter toujours avec ces poumons-là:
Laissez-nous répéter la mer
N'intentez point de procès stupide au grand large
La mer, accrochée à la mer
Tremble et glisse sur la mer
Ses mouvements de jupe, ses coups d'épaules, ses redondances
Et tout ce bleu qui vient à nous sur les grands aplats de la mer
Nous aimons la manière dont s'en va la barque
Se déhanchant d'une vague à l'autre, dansant son émoi de retrouver la mer
Et son curieux bruit de grelot
Quand la musique se déploie sur l'immense partition de la mer
La mer se mêle avec la mer
Mélange ses lacs et ses flaques
Ses idées de mouettes et d'écumes
Ses rêves d'algues et de cormorans
Aux lourds chrysanthèmes bleus du large
Aux myosotis en touffes sur les murs blancs des îles
Aux ecchymoses de l'horizon, aux phares éteints
Aux songes du ciel impénétrable
La mer est un ciel bleu tombé
Voici longtemps déjà que le ciel a perdu ses clefs dans la mer
Sous quels soleils désormais nous perdre?
Sur quelle épaule poser la fièvre de notre tête humide?
Nos rêves sont des pattes d'oiseaux sur le sable
Des fragments d'ongles coupés à deux pas de la mer
Nous brûlons sur la plage des monceaux de cadavres
Puisque tels sont les mots avec leurs os et leurs fumées
[...]
J.-M. Maulpoix
Extrait de poème in "Dans l'Interstice", © éd. Fata Morgana, 1991.
samedi 8 novembre 2008
"Tavalod è-digar"— Autre naissance,Foroukh Farrokhzâd
Forough Farrokhzad est née à Téhéran en 1935 et morte accidentellement en 1967, À 27 ans (1962), elle réalise un film intitulé "Khane siah ast" (La maison est noire) dans la léproserie de Baba Baghi, près de Tabriz, et adopte le fils d'un couple de lépreux.
Forough Farrokhzad est une des plus belles voix de la poésie iranienne. Sa vie même, - autant que son oeuvre -, l'a rendue célèbre. C'est la première poétesse iranienne contemporaine à s'exprimer en tant que femme avec le courage que cela implique. Son oeuvre la plus importante a pour titre Une autre naissance.
Biographie lu sur pierdelune : http://www.pierdelune.com/farrok.htm
"Tavalod è-digar" — Autre naissance
Tout mon être est un verset de l'obscurité
Qui en soi-même te répète
Et te mènera à l'aube des éclosions et des croissances éternelles
Je t'ai soupiré et soupiré
Dans ce verset je t'ai, à l'arbre, à l'eau et au feu, greffé.
La vie peut-être
Est une longue rue que chaque jour traverse une femme avec un panier
La vie peut-être
Est une corde avec laquelle un homme d'une branche se pend
La vie peut-être est un enfant qui revient de l'école
La vie peut-être c'est allumer une cigarette
dans la torpeur entre deux étreintes
Ou le regard distrait d'un passant
Qui soulève son chapeau
Et à un autre passant, avec un sourire inexpressif, dit : "Bonjour."
La vie peut-être est cet instant sans issue
Où mon regard dans la prunelle de tes yeux se ruine
Et il y a là une sensation
Qu'à ma compréhension de la lune et ma perception des ténèbres je mêlerai.
Dans une chambre à la mesure d'une solitude
Mon coeur
A la mesure d'un amour
Regarde
Les prétextes de son bonheur
Le beau déclin des fleurs dans le vase
La pousse que dans le jardin tu as plantée
Et le chant des canaris
Qui chantent à la mesure d'une fenêtre.
Ah...
C'est mon lot
C'est mon lot
Mon lot
C'est un ciel qu'un rideau me reprend
Mon lot c'est de descendre un escalier abandonné
Et de rejoindre une chose dans la pourriture et la mélancolie
Mon lot c'est une promenade nostalgique dans le jardin des souvenirs
Et de rendre l'âme dans la tristesse d'une voix qui me dit :
"Tes mains
Je les aime".
Mes mains je les planterai dans le jardin
Je reverdirai, je le sais, je le sais, je le sais
Et les hirondelles dans le creux de mes doigts couleur d'encre
Pondront.
A mes oreilles en guise de boucles
Je pendrai deux cerises pourpres et jumelles
Et à mes ongles je collerai des pétales de dahlia.
Il est une rue là-bas
Où des garçons qui étaient de moi amoureux, encore
Avec les mêmes cheveux en bataille, leurs cous graciles
et leurs jambes grêles,
Pensent aux sourires innocents d'une fillette qu'une nuit
le vent a emportée avec lui.
Il est une ruelle
Que mon coeur a volée aux quartiers de mon enfance.
Volume en voyage
Sur la ligne du temps
Volume qui engrosse la sèche ligne du temps
Volume d'une image vigile
Qui revient du festin d'un miroir
Et c'est ainsi
Que l'un meurt
Et que l'autre reste.
Au pauvre ruisseau qui coule dans un fossé
Nul pêcheur ne pêchera de perles.
Moi
Je connais une petite fée triste
Qui demeure dans un océan
Et joue son coeur dans un pipeau de bois
Doucement doucement
Une petite fée triste
Qui la nuit venue d'un baiser meurt
Et à l'aube d'un baiser renaît.
Foroukh Farrokhzâd (1935-1967)
poème traduit par: Mohammad Torabi et Yves Ros
jeudi 30 octobre 2008
Al Atlal Ibrahim Naji [traduction] Sapho, interprète
Al Atlal - Les ruines
Ne cherche pas, mon âme, à savoir qu'est devenu l'amour
C'était une citadelle imaginaire qui s'est effondrée
Abreuve-moi et trinquons à ses ruines
Conte en mon nom l'histoire
Maintenant que mes larmes ont coulé
Raconte comment cet amour s'est transformé en passé et pourquoi il m'est devenu un sujet de douleur
Je ne parviens pas à t'oublier
Toi qui m'avais séduite par tes discours si doux et raffinés
Tendant ta main vers moi
Comme celle que l'on tend
Par dessus l'onde, a celui qui se noie
Et comme la lumière que recherche un errant
Mais où est donc passé cet éclat dans tes yeux
Mon amour, j'avais eu un jour la joie de visiter ton nid
Me voici aujourd'hui oiseau solitaire, roucoulant ma douleur
Tu es devenu suffisant comme un être capricieux et gâté
Tu pratiques l'injustice comme un puissant tyrannique
Mon désir de toi me brûle l'âme et le temps de ton absence n'est que braises cuisantes
Donne-moi ma liberté et brise mes chaînes
Je t'ai tout donné ; il ne me reste plus rien
Ah! Tu m'avais saigné les poignets par tes chaînes
Pourquoi les garderai-je alors qu'elles n'ont plus d'effet sur moi
Pourquoi croire à des promesses que tu n'as pas tenues
Je n'accepte plus ta prison
Maintenant que le Monde est à moi
Il est loin mon bien-aimé séduisant, tout de fierté, de majesté, et de pudeur
Si sûr de lui, comme un roi de beauté et avide de gloire
Exhalant le charme, comme la brise des vallées, agréable à vivre comme les songes de la nuit
J'ai perdu à jamais ta douce compagnie dont le charme rayonnait de splendeur pour moi
Je n'étais qu'un amour à la dérive, un papillon perdu qui s'était approché de toi
Entre nous, la passion était notre messager et l'ami qui avait fait déborder notre coupe
Y a-t-il jamais eu plus enivrés d'amour que nous?
Nous nous étions entourés de tant d'espoir
Nous avions emprunté un chemin au clair de lune, précédés que nous étions par la joie
Nous avons ri comme seuls deux enfants savent le faire et nous avons couru encore plus vite que notre ombre
C'est quand l'ivresse nous quitta que la lucidité revint et que nous nous sommes réveillés
Mais le réveil fut sans illusion
Finis les rêves d'un monde imaginé, voici venir la nuit, ma seule compagne
Et puis voici la lumière qui annonce le jour et l'aube dont le ciel s'embrase
Voila la vie réelle, telle que nous la connaissons, avec ces amants qui reprennent chacun leur chemin
Toi qui veilles en oubliant les promesses, et te réveilles en t'en souvenant
Sache que lorsqu'une blessure se referme, le souvenir en fait saigner une autre
Il faut apprendre à oublier
Il faut apprendre à effacer les souvenirs
Mon bien-aimé, tout est fatalité
Ce n'est pas nous qui faisons notre malheur
Un jour peut-être nos destins se croiseront, lorsque notre désir de nous rencontrer sera assez fort
S'il arrive alors qu'un de nous renie son amant et que notre rencontre soit celle de deux étrangers
Et si chacun de nous poursuit un chemin différent, ne crois pas qu'il s'agira alors de notre choix mais plutôt de celui du destin
Al Atlal (traduire par "Ruines") un poème d'Ibrahim Naji, une musique de Riad Sunbati magistralement servi par Oum Kalthoum dans sa version originale.
Mais personnellement je lui préfère l'interprétation de Sapho...
mercredi 29 octobre 2008
La volupté... Rainer Maria Rilke

La volupté de la chair est une chose de la vie des sens au même titre que le regard pur, que la pure saveur d’un beau fruit sur notre langue.
Elle est une expérience sans limite qui nous est donnée, une connaissance de tout l’univers, la connaissance même dans sa plénitude et sa splendeur.Rainer Maria Rilke Lettre IV,
in Lettres à un jeune poète







